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La leçon ivoirienne
lundi 22 mars 2010 Botowamungu Kalome (AEM)
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Le Président Laurent Gbagbo|Photo d’archives

Grâce à une partie de l’opposition qui avait joué avec le feu au sens propre du terme, le premier mandat présidentiel de Laurent Gbagbo va finalement durer deux fois plus que prévu : dix ans. Mieux encore, les dures épreuves imposées à la Côte d’ivoire par la rébellion infructueuse lancée contre lui en 2002 ont eu un effet inverse : le président ivoirien a su enfiler le costume de celui qui a affranchi le pays de la tutelle affairiste et néocolonialiste de la France. Cela avec une certaine témérité, de la ruse et un sens tactique inouï qui lui permet , à chaque fois, de retomber sur ses pieds et de se jouer de tous les accords qui ont essayé de rogner sur ses prérogatives ou de minorer l’étendue de ses fonctions.


Première illustration : lorsque Les Forces Nouvelles (la rébellion armée) déboulent du Burkina Faso pour renverser Laurent Gbagbo, celui-ci est à Rome en visite officielle. Il demande alors à la France d’appliquer les accords de défense franco-ivoiriens pour empêcher le coup d’État. La réponse de Paris est claire : il est fermement conseillé à Gbagbo de ne pas regagner Abidjan et de venir en exil en France. Le président ivoirien aurait acquiescé tout en donnant ordre au pilote de son avion de mettre le cap plutôt sur la capitale économique ivoirienne. Ce retour dans un pays en proie à une attaque militaire fulgurante releva d’une témérité qui réussit à galvaniser ses partisans : les chefs coutumiers, des mouvements de femmes et des groupes de patriotes se mobilisèrent et rendirent la vie à Abidjan extrêmement hostile aux Français et à tous ceux, Ivoiriens ou immigrés, supposés proches des rebelles. Tout le monde se rendit alors compte que même si l’opposition renversait Gbagbo, elle n’arriverait pas à tenir Abidjan, la capitale économique. Cela avait sans doute amené les soutiens des rebelles à écarter l’objectif d’une victoire militaire.

Deuxième illustration : sachant le pays étranglé économiquement et le gouvernement affaibli par la partition de fait, les Français vont imposer, d’une manière cavalière, au gouvernement ivoirien des accords qui déniaient aux Ivoiriens leur souveraineté. S’adressant aux Ivoiriens, Gbagbo dira qu’il s’agissait « d’un médicament amer mais qu’il fallait essayer ». Il mettra cependant une mauvaise foi viscérale pour appliquer ces accords usant les multiples médiations internationales qui, en même temps, étaient obligées de lui concéder des prorogations de son mandat. Et lorsqu’une médiation onusienne refusa de proroger une nouvelle fois le mandat de Gbagbo et celui des députés, le président ivoirien maintint le parlement et réussit à faire même des députés de l’opposition des alliés de circonstance certes, mais des alliés qui le renforcent contre la communauté internationale.

Troisième illustration : En décembre 2006, Laurent Gbagbo constate et dénonce hardiment l’échec des médiations initiées par l’ONU. Il écrit alors au secrétaire général Kofi Annan pour lui demander de rappeler son représentant spécial en poste depuis avril 2005 : «  Nous allons nous voir entre Ivoiriens, parler entre nous et une solution sera trouvée ». Un mois plus tard, les accords de Ouagadougou sont signés consacrant la fin du conflit. Encore une fois, après avoir donné l’impression de subir, de plier, Gbagbo a repris la main et la direction de la partie. Et toujours avec toupet, ruse et malice.

Conséquence de tout cela : Gbagbo entrera dans l’histoire comme l’irréductible Ivoirien décomplexé vis-à-vis de la France qui aura marqué la fin de l’infantilisation de son pays par l’ancienne puissance colonisatrice. Ses opposants auront finalement eu le tort de ne pas avoir eu l’intelligence ni la patience d’attendre la fin de son mandat pour éventuellement le battre à la loyale en attaquant son bilan. Au final, ils auront doublé la durée de son mandat et fait de lui le favori de la prochaine présidentielle. Ils ne voulaient pas lui concéder les cinq ans de son mandat obtenus dans les urnes ? Tant pis pour eux, ils vont devoir le subir probablement pendant quinze ans.|Botowamungu Kalome (AEM)

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