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Cette collaboration entre Paul Mwanga et Zacharie Elenga « Jhimmy » en 1949, va favoriser la création, par les frères belges (d’origine juive) Moussa Benatar, des éditions musicales « Kina » puis « Opika ». L’un des premiers enregistrements de cette firme, qui a rendu Paul Mwanga célèbre, est « Iyaya naboi monoko ya mboka », un chef-d’œuvre. En 1950, pour avoir le meilleur engagement et la meilleure place aux éditions Opika, Paul Mwanga et Jhimmy vont unir leurs talents autour d’un solide duo qui porta l’appellation « Groupe Jhimmy na Mwanga ». Jhimmy va marquer cette période par une innovation : le guitariste « hawaïen », un virtuose, musicien élégant, fin et spirituel, introduisit le « fox-trot » dans la danse congolaise qui ne connaissait alors que la rumba, la biguine, le high live et la polka piké.
Les disques de Jhimmy et Mwanga, dont le succès avait fait le tour de l’Afrique, ont exercé une influence considérable sur bon nombre de jeunes musiciens de cette époque. On retiendra, avec nostalgie, les admirables et véritables best-sellers de la chanson syncopée, entre autres, « Ondruwe » (maboko likolo), « Henriette », « Putulu », « Viva Benatar »... Mwanga se contenta de leur fournir un solo chant magnifique, la guitare hawaïenne de Jhimmy leur octroya une conception harmonieuse très originale et avancée de l’époque.
L’ère Jhimmy, qui désigne particulièrement les années 1950 à 1953, a été aussi marquée par le renforcement du groupe en 1951 par les talentueux rythmiciens Charles Muamba « Déchaud » et Emmanuel Tshilumba Baloji « Tino Baroza », (tous deux formés par lui), Albert Kabondo, Albert Taumani, Gobi et la chanteuse Lucie Eyenga. En 1953, après une séparation conflictuelle d’avec Paul Mwanga due à la perception frauduleuse par Jhimmy des droits d’auteur réservés à la chanson « Ondruwe » réclamés par Mwanga, son vrai compositeur, le guitariste hawaïen mit fin, en 1954, à sa carrière musicale à Léopoldville. Il regagne Brazzaville où il renoue avec sa profession de sténo dactylo au cabinet de l’avocat français Me Proucel. Néanmoins, en marge de ses activités professionnelles, il anime avec Marie-Isidore Diaboua le groupe « Atomic Jazz » qui va révéler un nouveau Jhimmy dans un genre ouvert à la musique du monde.
C’est au début des années 90, à son départ à la retraire que Jhimmy quitta Brazzaville pour Bangui où il tira, peu de temps après, sa révérence. Il n’en reste pas moins qu’il figure au gotha des musiciens les plus remarquables et les plus attachants de l’histoire de la musique congolaise.Quant à Paul Mwanga, c’est très jeune que ce chanteur d’origine angolaise s’installa à Kinshasa, où au côté des musiciens locaux, il travailla sa technique vocale, avant de mettre sur pied en 1944, une petite formation d’une couleur et d’un esprit très novateur : Le groupe « Pastoria Kin ».
Le chanteur Paul Mwanga
Paul Mwanga se présenta comme l’artiste le mieux placé pour réactualiser le « maringa » traditionnel, le plier aux nouvelles sonorités et en accentuer la popularité auprès des mélomanes. Il bénéficia, à cette époque, du savoir-faire de Paul Kamba et son Victoria Brazza, crée en Août 1941 à Brazzaville, considéré comme le meilleur groupe des années 40 sur les deux rives du fleuve Congo. Paul Kamba et Paul Mwanga vont se lier d’amitié au point de jouer régulièrement ensemble, comme Paul Kamba l’avait profondément fait auparavant avec son cadet Wendo qui sur le modèle de « Victoria Brazza » a créé en 1943 le « Victoria Kin ». Deux frères qui ne se sont plus quittés jusqu’à la mort de Paul Kamba le 19 mars 1950 à Brazzaville. Ceci explique également l’implication manifeste de Paul Mwanga dans la production d’une discographie très remarquable aux Éditions Ngoma de l’éditeur grec Nico Jeronimidis, dans les années 50.
Jusqu’à ce jour, Paul Mwanga jouit encore de toutes ses aptitudes, à Kinshasa où il vit au quartier 9 de la commune de Ndjili. Ces derniers temps il est d’ailleurs passé régulièrement à l’émission « Bakulutu » de Radio Top Congo à Kinshasa. Ses témoignages sur la vie musicale à Kinshasa et à Brazzaville dans les années 40 et 50 sont de véritables documents d’anthologie.
|Clément Ossinonde (pour AEM)
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