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Daniel Ngoy Mulunda : « Je voulais être militaire, pour gagner beaucoup d’argent. »
mercredi 16 mars 2011 Muriel Devey Malu Malu( AEM )
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Le Pasteur Ngoy Mulunda, Président de la Ceni

Après l’abbé Appolinaire Malu Malu à tête de la Commission électorale indépendante (Cei), c’est encore un homme d’église - un pasteur méthodiste – qui préside la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), chargée d’organiser les prochaines élections en République démocratique du Congo (RDC).


Né à Lubumbashi en novembre 1959, Daniel Ngoy Mulunda n’est pas un pasteur comme les autres. Activiste de la société civile et membre fondateur du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) qu’il a quitté, il est un ami et conseiller du président Joseph Kabila, pour lequel il a mené, dans l’ombre, plusieurs missions de médiation. Certains le considèrent d’ailleurs comme la plaque tournante du lobby balubakat à Kinshasa.

Sa proximité avec le régime semble pour le moins incompatible avec l’indépendance que requiert sa nouvelle fonction. Il s’en défend : «  j’ai insisté auprès du chef de l’État pour qu’il nomme le sénateur Jacques Ndjoli, membre du Mouvement de libération du Congo, à la vice-présidence de la Ceni. Cela va nous permettre de nous contrôler mutuellement. J’entretiens des contacts réguliers avec l’opposition. De toute façon, on me jugera sur mes actes. Il y va de mon honneur et de celui des protestants de faire aussi bien sinon mieux que l’abbé Malu Malu ».

Rien ne prédestinait Ngoy Mulunda à devenir pasteur. « Je voulais être militaire, pour gagner beaucoup d’argent. », confie-t-il. Après des études d’informatique et un emploi au garage de General Motors, il entre à la faculté de Théologie de l’Université protestante de Kinshasa, sur les conseils d’un missionnaire américain. En 1988, il est recruté par Monseigneur Desmond Tutu, sur les recommandations, selon certaines sources, de Mgr Kabwe-Ka-Leza, de la Communauté Episcopale Baptiste Africaine, comme coordonnateur de la Jeunesse africaine de la Ceta à Lomé. Après des études aux États-Unis où il a obtenu deux masters – l’un en théologie au West Seminary de Washington, et l’autre en études de paix et résolution des conflits à l’Université de Washington - il retourne au Ceta dont il prend la tête du Bureau des Affaires Internationales. Cette fonction lui vaut « d’établir un diagnostic sur la situation de la RDC en 1997, qui servira de base à Nelson Mandela lors de sa médiation entre Mobutu et Laurent Désiré Kabila », précise-t-il.

On lui prête une parenté avec Laurent Désiré Kabila qu’il réfute. « Ma marâtre, Georgette Ilunga, la seconde femme de mon père, était du même village que Laurent Désiré Kabila, mais pas de la même famille ». Reste que cette proximité, que les deux hommes découvrent en 1999, les rapprochera. C’est au début des années 2000 que son engagement dans la société civile et sa vocation de médiateur se précisent. En 2000, alors que les accords de paix piétinent, il convoque à Kinshasa les représentants de la société civile congolaise afin de rechercher des solutions de sortie de crise. Mais Gaëtan Kakudji, ministre de l’intérieur, s’oppose à l’ouverture des travaux. Il faudra l’intervention de Joseph Kabila pour débloquer la situation. Devenu président, Kabila charge Ngoy Mulunda de négocier le retour de Ketumile Masire, ex-président du Botswana, comme facilitateur du processus de paix en RDC. C’est ainsi que le pasteur se rend à Lomé, où il négocie avec Masire, sous la facilitation du chef de l’État togolais, Gnassingbé Eyadéma, alors président de l’Union africaine. Nommé porte-parole du comité préparatoire du Dialogue Intercongolais de Sun City, auquel il participera comme membre de la délégation gouvernementale, Ngoy négocie également avec le Rassemblement congolais pour la Démocratie, alors mouvement rebelle, pour sa participation au Dialogue. Plus tard, il amènera Azarias Ruberwa, secrétaire général du RCD, à accepter un des postes de vice-président. « Je suis allé le voir à Goma et je l’ai accueilli personnellement à sa descente d’avion à Kinshasa ». Et c’est encore lui qui ramène en RDC Moïse Katumbi et son frère Katebe Katoto, exilés en Afrique du Sud.

Ses actions, en revanche connues, sont les campagnes de collecte d’armes menés au Katanga, dans le Haut Lomani, auprès des miliciens Maï Maï, en échange de vélos, de filets de pêche, de sacs de farine ou d’argent, mais également à Kinshasa et au Kivu, par son ONG Parec (Programme oecuménique de paix, transformation des conflits et réconciliation), qu’il crée en juin 2001. Des opérations mal perçues par la Monusco (ex-Monuc), qui appuyait un processus de désarmement et de réinsertion, géré par la Conader et soutenu par le Pnud et la Banque mondiale.

Si, compte tenu de ses nouvelles obligations, il accepte de confier la coordination du Parec à une autre personne, pas question en revanche d’abandonner son activité pastorale. « J’aime prêcher. C’est un don que Dieu m’a donné. Ma foi me donne de la force. Elle m’est indispensable, car la religion marche avec l’amour, alors que les politiciens fonctionnent à l’intérêt », insiste-il. Élevé dans l’Eglise méthodiste unie, il crée, en 2004, suite à un différend avec des évêques, la Nouvelle Église méthodiste, forte, selon lui, de quelque 15’000 membres, qu’il compte affilier, d’ici à quelques années, à l’Église méthodiste de Londres.

Quand il a un peu de temps libre, ce père de 4 enfants, dont 3 font leurs études supérieures aux États-Unis, se consacre à la gymnastique et à la lecture - d’ouvrages théologiques principalement. Outre les informations qu’il suit avec intérêt, il aime tout particulièrement regarder des films violents. « Je ne vois pas la violence, mais la façon dont les hommes survivent dans des conditions difficiles et comment ils peuvent sans sortir. Cette observation m’a été utile quand je me suis trouvé dans les zones de conflits », assure-t-il.| Muriel Devey(AEM).


 
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