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Alain Marius Ngoya-Kessi : « Le taux de déforestation au Congo est de seulement 0,03 % contre 44 % en Amérique latine »
dimanche 19 juin 2011 Christian Wilfrid Diankabakana (AEM), Brazzaville, Congo
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Alain Marius Ngoya-Kessi

Enseignant et Chercheur à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville au département technique forestier, Alain Marius Ngoya-Kessi enseigne les modules « Ã‰conomie forestière », « Commerce des bois tropicaux » et « Politique forestière. » Outre ces charges académiques, l’intéressé est également directeur de la Valorisation des ressources forestières au ministère du développement durable, de l’économie forestière et de l’environnement. C’est donc en expert doublement impliqué qu’il a participé au sommet des trois bassins forestiers tropicaux qui s’est tenu à Brazzaville du 29 mai au 3 juin 2011. Abordé par Afriqu’Échos Magazine (AEM), Alain Marius Ngoya-Kessi fait le point sur ce sommet.


AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Comment avez-vous trouvé les différentes interventions ?

ALAIN MARIUS NGOYA-KESSI (AMNK) : Les communications ont été de bonne qualité même si, quelquefois, j’ai eu l’impression que les experts étaient un peu crispés et se sont autocensurés.

AEM : Diriez-vous la même chose de l’exposé sur l’économie verte ?

AMNK : Dans les pays du bassin du Congo, le taux annuel de déforestation est très faible, je dirais même négligeable ! Au Congo, le taux se situe à 0,03%. Les pays du Nord devraient plutôt encourager notre vision de faire du Congo un pays émergent d’ici 2025. Nous avons besoin de déforester pour construire les aéroports, les chemins de fer qui doivent relier des localités du pays, aménager des espaces destinés à faire une agriculture non polluante pour nourrir la population, installer les industries de transformation écologiquement propre. En Amérique latine, le taux de déforestation est d’environ 44%. Cette révolution nécessite de moyens financiers colossaux et l’on doit intéresser nos partenaires des autres bassins qui ont des technologies, sans oublier ceux du Nord, qui doivent nous aider à mettre sur pied une agriculture durable.

AEM : Concrètement…

AMNK :Nous avons des problèmes au niveau des grandes villes come Pointe-Noire et Brazzaville. La population déboise pour des besoins en énergie, besoin de cadastre, besoin de terrain etc. Or les pays du Nord (Industrialisés) peuvent appuyer le Congo dans son programme national de déforestation et de déboisement. À la place de couper du bois des forêts nationales pour en faire du charbon de bois, des planches, l’on planterait des arbres à croissance rapide et au bout de 5 ou 6 ans l’on pourrait déjà en utiliser pour des fins citées ci-haut.

AEM : Considérez-vous la lutte contre la pauvreté comme un indicateur du développement ?

AMNK :Je me demande si lutter contre la pauvreté est un objectif de développement... Aux États Unis, en France, la pauvreté n’est pas éradiquée et pourtant ce sont des pays riches, développés. L’objectif doit être de faire des Congolais riches grâce aux ressources du pays. Avec les ressources forestières, minérales et en eaux dont le pays dispose les Congolais sont appelés à devenir riches. On crée ce qu’on appelle « la classe des capitalistes, d’entrepreneurs » ensuite la classe moyenne, cette dernière est capable de consommer. Ce sont là les objectifs du développement.

AEM : Les préconisations de ce sommet vont-elles dans ce sens ?

AMNK :Leur mise en Å“uvre va demander des moyens en ressources humaines et financières. La plupart des gens qui parlent des questions écologiques, environnementales, n’ont pas la formation requise. Ce sont plutôt des convertis qui ont lu deux, trois ouvrages en la matière et qui se prononcent. Or, il faut former les cadres dans ce domaine en faisant venir des éminents professeurs et experts dispenser des cours pendant des mois, donner des bourses aux meilleurs des Congolais pour aller étudier dans de grandes universités à l’étranger. À l’issue de leurs formations, nous aurons de la compétence et de l’expertise. Ces trois bassins doivent être non seulement forestiers mais aussi et surtout hydrologiques car les gens passent outre cet aspect des choses. Il existe des cours d’eau qui arrosent les forêts. Si l’on ne tient pas compte de cet aspect, l’eau douce deviendra aussi rare que le pétrole. Donc, bassins hydrologiques et forestiers. |Propos recueillis par C. Wilfrid Diankabakana (AEM), Brazzaville, Congo


 
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