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Nous sommes dans l’impasse, le Cameroun est dans l’impasse !
jeudi 19 avril 2012 Dr Vincent Sosthène Fouda
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Le Président Paul Biya

Le Président de la République doit en tirer toutes les conséquences et se retirer pour sauvegarder les institutions et sauver l’unité du pays. Faut-il une batterie de sondages pour confirmer que les classes politiques camerounaises sont désavouées ? L’on est en droit de se poser cette question depuis l’organisation chaotique de la dernière présidentielle, avec un taux d’abstention de 70 %, un Président de la République élu à environ 80 % des suffrages exprimés, mais obligé de composer avec d’autres formations politiques, 4 au total avec le RDPC pour former un gouvernement. Les mécanismes de succession à la tête de l’État restent flous avec trois Constitutions qui «  rentrent graduellement en application suivant le vouloir de l’exécutif » ou de l’exécuteur !


Comme si cela ne suffisait pas, aujourd’hui ce sont les mandats des députés et des conseillers municipaux qui sont prorogés respectivement de 6 et 12 mois renouvelables. Cette perte de confiance ne s’explique pas seulement par une fin de règne mal négociée et par les nombreux procès contre la corruption qui empoisonnent les vies politique et publique dans notre pays. Le malaise est plus profond. Il correspond également au sentiment d’une impasse politique dans laquelle nous sommes enfoncés et ceci depuis l’arrivée au pouvoir du Président Paul Biya.

Depuis le début des années 1990, nous le savons, l’espace politique national est très instable. L’avènement du multipartisme a été empoisonné par ses concepteurs tant du pouvoir que de l’opposition. Le pouvoir a multiplié subterfuges et mensonges croyant toujours qu’il n’atteindrait jamais lui-même la ligne d’arrivée. Les grands partis se révèlent être des géants aux pieds d’argile qui truquent et pillent, s’attribuent des suffrages fabriqués par une élite elle-même prise dans le jeu dont elle a cru, à tort, définir les règles !

Le peuple a démissionné, pas seulement de la scène politique, mais aussi de la scène sociale. La population ne vit plus seulement dans la pauvreté, elle s’est installée durablement dans la misère et celle-ci n’est plus que matérielle. La misère morale est ce qu’il y a de plus cruel aujourd’hui avec des parents qui arrachent de la bouche de leurs propres enfants la pitance qui doit leur permettre de continuer à souffrir sans crever. Il ne se passe plus un jour, à la ville comme à la campagne sans qu’une femme soit abusée sinon égorgée dans l’indifférence de tous. Le trafic des nourrissons a pris une ampleur démentielle au point où aujourd’hui, les femmes enceintes souhaitent accoucher à leur domicile plutôt que dans un établissement hospitalier.

Le Code électoral est le dernier tour de passe-passe qui ne passe pas

Aujourd’hui, ce sont les élus du peuple qui sont en rébellion. Le projet de Code électoral introduit nuitamment à l’Assemblée Nationale a aussitôt été retiré puis, à nouveau présenté tel quel et surtout, sans qu’aucune explication n’ait été donnée à qui que ce soit et encore moins aux députés convoqués en session extraordinaire pour le valider et l’adopter sans aucun amendement ! Les lois au Cameroun sont une émanation de l’exécutif et l’Assemblée Nationale n’est en réalité qu’une chambre d’homologation ! Résultat : pas moins de 200 amendements obstructifs introduits par les députés de la majorité et pas nécessairement pour des raisons qu’on pourrait expliquer à monsieur tout le monde. Par exemple, les députés s’opposent à la loi 160(2) qui stipule que « Pour l’agent public relevant du Code du travail et pour le salarié du secteur privé élu député, le contrat de travail est suspendu pendant toute la durée de son mandat ». Pour les élus de la Nation, on ne peut pas « couper les vivres à des gens qui versent 5 millions de caution, qui déboursent de l’argent pour la campagne électorale et qui n’ont droit qu’à 800.000 FCFA mensuels d’indemnité législative ». Les partis d’oppositions et la société civile ne sont pas en reste. Pour Jean-Jacques Ekindi il s’agit d’un Casus belli, d’une déclaration de guerre pour Abanda Kpama du Manidem, et pour John Fru Ndi, c’est « tout simplement une moquerie faite au peuple camerounais ». Nous sommes tout simplement dans le tragicomique et le pathétique. Lors des consultations des partis dits de l’opposition, nous avons essayé en vain d’attirer l’attention des uns et des autres. Aujourd’hui, la coupe est pleine, mais qui oserait dire les mots qu’il faut ? Qui oserait dire non à l’enfant qui joue avec une grenade et le ramener ferme à la raison ? Ce n’est pas forcément avec une sérénade de Molière que l’on réveille des adultes qui dorment à poings fermés dans une maison en feu. Ceux qui ont fait semblant de gouverner pendant ces 30 dernières années doivent tirer toutes les conséquences de ces échecs et libérer le peuple. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement un objectif commun qui nous manque, mais un sens commun à toute initiative politique.

Un grand sentiment d’exaspération traverse toutes les couches sociales de notre pays, les vainqueurs comme les vaincus, les riches comme les pauvres ; le désespoir n’est pas soutenu par une espérance qui aurait pu venir des hommes de Dieu. La mayonnaise ne prend plus, tous nagent entre cynisme et colère.

Oui, «  fini le temps des cerises, les rires, les danses… » doivent se dire tous ceux qui, durant 30 ans, ont pensé travailler et qui réalisent aujourd’hui qu’ils n’ont pas pu doter le Cameroun d’un Sénat, d’un Conseil Constitutionnel. Que nous n’avons pas un Code électoral, que la Sécurité Sociale n’est pas pour demain ! La liste est longue comme le tunnel dont on nous disait hier voir le bout. Oui, la petite cigale doit aujourd’hui faire appel au grillon de mon enfance avec sa vieille guimbarde à musique.

Le Cameroun est à la fin d’un cycle politique, mais ne parvient pas à en ouvrir un nouveau. L’espace public est dominé par une idéologie appauvrie qui oblige à toujours reprendre les mêmes solutions pour résoudre des problèmes qui perdurent. Un demi-siècle après l’Indépendance, il est peut-être temps de poser un regard véritablement critique sur son héritage. Non pas pour revenir au Cameroun d’avant 1960, cela va de soi, mais pour pratiquer un exercice de lucidité collective.

Soyons honnêtes : le Cameroun va vraiment très mal. Le modèle camerounais mis en place par l’administrateur français est dévoré par une bureaucratie qui déresponsabilise les individus ; l’école est déstructurée par une non-réforme scolaire qui proscrit la transmission des connaissances ; l’identité nationale a été détruite dès 1987 ; l’autoritarisme, la gabegie règnent en maîtres. La démocratie est confisquée par des corporatismes qui se substituent au peuple ; l’incompétence est élevée au rang de connaissance suprême et voilà que, de nos jours, le décret confère connaissance ! Si à cela on ajoute une question nationale en panne, on comprend pourquoi prédomine un sentiment d’impuissance politique.

Au Cameroun, l’égoïsme a pris le dessus sur tout y compris sur les premiers mots de la Constitution, de toutes les Constitutions qui se sont succédé ici. Pour le libéralisme communautaire qui a été et demeure le couronnement de l’individualisation et la consécration de l’individualisme. Voilà ce dans quoi végète le Cameroun depuis 1984.

C’est la distance entre la gravité de nos problèmes et la pauvreté, voire la misère des solutions proposées qui génère le malaise camerounais. Il reste à espérer qu’un homme politique ou un mouvement saura transformer ce malaise en désir de redressement national. Ainsi, le Président de la République doit tirer toutes les conséquences de la situation actuelle et se retirer pour permettre au Cameroun de lui survivre. |Dr Vincent-Sosthène Fouda


 
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