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« Vous ne devriez pas vous mêler de ça », lance
Théo Binamungu, membre du comité exécutif
de la fédération congolaise de football (FECO-
FA) et coordinateur de la sélection nationale.
Le ton est donné. La plupart des interlocu-
teurs seront atteints de mutisme à la moindre
question tendancieuse. D’autres souhaiteront
conserver l’anonymat. « J’ai peur que ça me
retombe dessus. Ces gens sont prêts à tout »,
souffle l’un d’entre eux.
Remontons quelques années en arrière. Fa-
bio Baglio est responsable de la firme « Planet
Sport ». Son enseigne est la seule plate-forme
entre Nike et la Belgique, ce qui lui permet
de noircir son carnet d’adresses. En mai 2003,
c’est la consécration. Charleroi officialise son
partenariat avec la virgule et convie Fabio
à la conférence de presse. Mogi Bayat, le fils
du propriétaire, devenu depuis agent, affiche
sa sympathie avec le magasinier. Plus tard, le
TP Mazembe se servira également chez lui.
D’équipements en équipements, l’Italien se
fait un nom. « Il commençait à fréquenter le
gratin du football belge et voyait les affaires
qui se tramaient derrière », juge une personne
le connaissant depuis des années. Moralité,
l’homme s’autoproclame agent et entreprend
une carrière beaucoup plus rémunératrice.
« Qui vous a dit ça ? »
Profitant de son amitié avec Moïse Katumbi,
le gouverneur de la province du Katanga et
président du TP Mazembe, Fabio va entrer en
scène par un gros nom. « J’ai signé un contrat
avec Mbokani en février 2007 », déclarait José
Ntumba à Irisfoot.com, premier Congolais à
obtenir la licence d’agent FIFA. « En juin 2007,
il quitte Anderlecht pour le Standard. Mais qui
a négocié le transfert ? Fabio ! Alors qu’il n’avait
aucune licence, il m’a volé ce joueur. Et il a recom-
mencé ensuite… » Anderlecht, déjà. L’affaire ira
jusqu’à la FIFA, sans arrangement à l’amiable.
Finalement, le rusé personnage passera sa li-
cence d’agent…à Kinshasa. « Il a réussi son test,
qui est approuvé par la FIFA », se défend Théo Bi-
namungu, porte-parole de la FECOFA sur cette
affaire. Sauf qu’il faut résider au moins cinq ans
dans le pays pour avoir le précieux sésame. Ce
qui n’était pas le cas de Fabio. « Je travaillais au
Congo », se contente-t-il d’avouer lorsque nous
l’avons contacté sur ses relations avec ce pays.
Or, l’Italien n’a jamais habité durablement au
Congo, se contentant d’aller-retour. Premier
mensonge. Mais le plus savoureux est à venir.
L’adresse de contact qu’a donnée Fabio à
la FIFA n’est pas la sienne. Selon nos informa-
tions, il s’agit de la maison d’un des respon-
sables du TP Mazembe ! Salomon Kalonda,
trésorier général du club, s’en offusque : « Qui
vous a dit ça ? C’est vrai ? » L’influence de Moïse
étant énorme à la FECOFA, le raccourci est vite
établi. Le gouverneur aurait agi en haut lieu
pour que Fabio obtienne sa licence. « Moïse
n’a rien à voir avec ça », balaye Salomon, qui
coupera court à la conversation en bloquant
ensuite notre numéro.
Les doubles des contrats ?
Pour quoi faire ?
Avant de raccrocher pour « prendre le temps
de vous répondre », Salomon lâchera : « Fabio
n’a pas tous nos joueurs sous contrat, il en a
quelques-uns. » La grande majorité, serait-on
tenté de répondre. Qui a fait signer une flopée
de contrats aux joueurs lors d’une tournée à
Charleroi, en leur faisant bien comprendre
qu’ils n’ont pas intérêt à refuser ? « Il profitait du
fait que la plupart ne sont jamais allés à l’école
et ne comprenaient rien », lance Patrick Etshimi,
un ancien poulain siglé Baglio. Le capitaine de
l’époque, Pamphile Mihayo Kazembe, refusera
de parapher le bail. « Il est allé à l’université, il
a posé une tonne de questions et voulait un
double. Car Fabio ne donne jamais de double aux
joueurs », ajoute un proche du dossier, présent
à Charleroi. « C’est n’importe quoi ! C’est au club
de donner un double », s’énerve l’intéressé, qui
montre sa connaissance suspecte du métier
d’agent et de ses droits envers les joueurs.
Avec cet éventail de Congolais et la réus-
site de Mbokani, Fabio Baglio profite de ses
relations privilégiées avec la Belgique pour les
refourguer ici et là. « J’ai amené le partenariat
officiel entre le Tout Puissant Mazembe et Ander-
lecht », concède-t-il. Dont Patou Kabanga et
Bedi Mbenza sont les derniers représentants,
arrivés cet hiver. « Fabio m’a toujours dit que je pouvais aller à Lokeren, car il a ses connexions »,
rajoute Etshimi. Charleroi (promu en D1 la sai-
son prochaine) est également une destination
prisée, du fait de ses liens avec le propriétaire
Bayat. C’est ainsi que ce sinistre réseau s’installe.
Prendre des joueurs en masse
gratuitement et les revendre
Au Congo, Max Mokey, président du MK Eten-
chéité, sert de plaque tournante. Certains de
ses joueurs transitent en Belgique, tandis
qu’il abuse des coups de fil pour « corrompre
et embobiner les présidents des petits clubs ». Si
Anderlecht a abandonné la filière argentine
depuis des années, ce n’est pas uniquement
car Laurent Denis ne s’occupe pas de l’aspect
juridique. C’est surtout car la RDC représente
une terre promise, nonobstant les indemnités
de formation que le règlement FIFA réserve
aux équipes formatrices. Quant aux joueurs, ils
accourent pour une poignée de dollars. « Max
Mokey a essayé de me voler Kabananga (voir le
passeport sportif) et cherche à priver mon club
de ses droits », s’emporte le président d’Aigles
Verts, un des rares téméraires qui n’a pas cédé
au chantage et à la corruption. « Au Congo,
les clubs ne savent pas qu’ils peuvent avoir de
grosses sommes d’argent grâce aux indemnités
de formation », relate Paulo Teixeira, l’agent
mandaté sur ce dossier. « Ça a bousculé leur
plan. Ils ont une marchandise gratuite, car ce ne
sont pas des hommes, c’est de la nourriture pour
eux, et ils peuvent ensuite les revendre. »
La FECOFA ne trouve rien à redire et ne
défend pas ses clubs. Dans le dossier Kabanan-
ga, Anderlecht n’a pas donné un centime, se
contentant de faire durer l’affaire encore et en-
core, avec une défense ubuesque. L’attaquant
touchait 250 CFA, soit moins de 40 centimes
d’euro par mois. « Il s’agit donc indubitablement
d’un contrat professionnel en ce que l’article 2
point 2 du Règlement FIFA en vigueur précise
qu’un joueur qui perçoit une indemnité supérieure
au montant des frais effectifs qu’il encourt dans
l’exercice de l’activité du football est considéré
comme un professionnel », signa Herman Van
Holsbeeck en réponse à Aigles Verts. On répète :
même pas 40 centimes est donc un contrat pro-
fessionnel selon l’administrateur des Mauves…
Trafic d’âge accepté par la FECOFA
Profitant de leur rêve européen et de la naïveté
des jeunes Congolais, ces audacieux personnages se permettent quelques économies au
moment de leur arrivée en Belgique. « Je suis
venu avec Kabananga à Charleroi », raconte
Etshimi. « Fabio nous avait dit qu’on venait signer
nos contrats. Finalement, on a dû faire des essais
et on a signé pour la moitié. C’est quelqu’un
sachant manipuler les gens, il parle très bien et
on lui faisait toute confiance. » D’autres sondés
n’hésitent pas à dire « qu’on lui remet notre vie.
Le football, c’est notre moyen d’échapper à la
misère ». Or, arrivés en Belgique, ces espoirs
perdent tous leurs repères. Si Fabio est à leur
service au début, pas question de le décevoir
ou de créer une polémique.
Le cas Chancel Mbemba est le plus bel
exemple.
« Je ne comprends pas,
je ne comprends pas », répète-t-il, des sanglots
dans la voix. Renvoyé à Kinshasa, récupéré par
Max Mokey, le défenseur espère qu’Anderlecht
tiendra sa promesse d’un contrat profession-
nel en août, lorsqu’il aura 18 ans. « Quand j’ai
sorti ce post sur la page Facebook de Training
Compensation, ils ont pris peur. Il fallait enterrer
ce garçon ! C’est un 1988, pas un 1994 », décrit
Paulo Teixeira. Dans une plainte adressée à
la FIFA contre ce dernier, Anderlecht sort le
grand jeu. Si Mbemba est en photo, avec sa
date de naissance 08/08/1994 sur le site offi-
ciel du club, dans la partie « effectif M19 », c’est
tout simplement parce qu’il avait été autorisé
à participer à un entraînement et qu’il avait été
photographié. « Il n’y a aucune trace d’un Chan-
cel Mbemba dans nos fichiers », nous répond
l’Union Belge, qui avait écrit aux Mauves pour
clarifier la situation. « Or, un essai d’une année,
ça n’existe pas ! » Car le gaillard a joué des
matchs officiels, avec les M19 et M21 !
Et si Anderlecht lui a « généreusement
payé le billet » pour rejoindre Kinshasa afin de
prouver son âge, il ne faut pas prendre les ins-
tances pour des jambons. Les manœuvres de
la FECOFA pour obliger Bernard Yuka, ancien
président du joueur, à signer un document
signifiant que Mbemba est né en 1994, sert
uniquement à couvrir le géant belge vis-à-vis
de ses sponsors notamment, forts mécontents
des remous causés. Mais comment peut-on
enlever six ans à un joueur qui est enregistré à la CAF, suite à ses sélections avec les moins de
23 ans du Congo ? « Il est parti en essai plusieurs
mois et on va voir s’ils le signent cet été », élague
Max Mokey, comme s’il n’y avait aucun souci.
Comme si toutes ces bienveillantes personnes
n’avaient pas violé une personne dans son for
intérieur. En écoutant Chancel ne pas savoir
quel est son véritable âge, sa vraie identité, on
se demande où ce trafic s’arrêtera. Un agent
belge, sous couvert d’anonymat, résumera les
mentalités de cette sphère vomitive. « Herman
Van Holsbeeck, Laurent Denis, Fabio Baglio et les
personnes touchant ce réseau tueraient père et
mère pour un billet. Alors des Congolais… » ! Lire la suite dans Sharkfoot>>>
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