AFRIQUECHOS.CH
newsletter
Rechercher
 
Traduction
_L'INFO A LA SOURCE

_

 


 


ACCUEIL

Football-business : Quand le Congo sert de marchandise
vendredi 1er juin 2012 AEM|Sharkfoot
La République Démocratique Du Congo et la Belgique sont toujours étroitement liées en raison de leur passé colonial. Si les échanges sont souvent fréquents et bienfaisants pour les deux pays, le football est témoin de dérives rappelant l’histoire du siècle dernier. Sharkfoot a enquêté sur ce vaste réseau pendant plusieurs semaines. Au milieu des menaces et du silence.
JPEG - 184.9 ko

« Vous ne devriez pas vous mêler de ça », lance Théo Binamungu, membre du comité exécutif de la fédération congolaise de football (FECO- FA) et coordinateur de la sélection nationale. Le ton est donné. La plupart des interlocu- teurs seront atteints de mutisme à la moindre question tendancieuse. D’autres souhaiteront conserver l’anonymat. « J’ai peur que ça me retombe dessus. Ces gens sont prêts à tout », souffle l’un d’entre eux.

Remontons quelques années en arrière. Fa- bio Baglio est responsable de la firme « Planet Sport ». Son enseigne est la seule plate-forme entre Nike et la Belgique, ce qui lui permet de noircir son carnet d’adresses. En mai 2003, c’est la consécration. Charleroi officialise son partenariat avec la virgule et convie Fabio à la conférence de presse. Mogi Bayat, le fils du propriétaire, devenu depuis agent, affiche sa sympathie avec le magasinier. Plus tard, le TP Mazembe se servira également chez lui. D’équipements en équipements, l’Italien se fait un nom. « Il commençait à fréquenter le gratin du football belge et voyait les affaires qui se tramaient derrière », juge une personne le connaissant depuis des années. Moralité, l’homme s’autoproclame agent et entreprend une carrière beaucoup plus rémunératrice.

« Qui vous a dit ça ? »

Profitant de son amitié avec Moïse Katumbi, le gouverneur de la province du Katanga et président du TP Mazembe, Fabio va entrer en scène par un gros nom. «  J’ai signé un contrat avec Mbokani en février 2007 », déclarait José Ntumba à Irisfoot.com, premier Congolais à obtenir la licence d’agent FIFA. « En juin 2007, il quitte Anderlecht pour le Standard. Mais qui a négocié le transfert ? Fabio ! Alors qu’il n’avait aucune licence, il m’a volé ce joueur. Et il a recom- mencé ensuite… » Anderlecht, déjà. L’affaire ira jusqu’à la FIFA, sans arrangement à l’amiable. Finalement, le rusé personnage passera sa li- cence d’agent…à Kinshasa. « Il a réussi son test, qui est approuvé par la FIFA », se défend Théo Bi- namungu, porte-parole de la FECOFA sur cette affaire. Sauf qu’il faut résider au moins cinq ans dans le pays pour avoir le précieux sésame. Ce qui n’était pas le cas de Fabio. « Je travaillais au Congo », se contente-t-il d’avouer lorsque nous l’avons contacté sur ses relations avec ce pays. Or, l’Italien n’a jamais habité durablement au Congo, se contentant d’aller-retour. Premier mensonge. Mais le plus savoureux est à venir.

L’adresse de contact qu’a donnée Fabio à la FIFA n’est pas la sienne. Selon nos informa- tions, il s’agit de la maison d’un des respon- sables du TP Mazembe ! Salomon Kalonda, trésorier général du club, s’en offusque : « Qui vous a dit ça ? C’est vrai ? » L’influence de Moïse étant énorme à la FECOFA, le raccourci est vite établi. Le gouverneur aurait agi en haut lieu pour que Fabio obtienne sa licence. « Moïse n’a rien à voir avec ça », balaye Salomon, qui coupera court à la conversation en bloquant ensuite notre numéro.

Les doubles des contrats ? Pour quoi faire ?

Avant de raccrocher pour « prendre le temps de vous répondre », Salomon lâchera : «  Fabio n’a pas tous nos joueurs sous contrat, il en a quelques-uns. » La grande majorité, serait-on tenté de répondre. Qui a fait signer une flopée de contrats aux joueurs lors d’une tournée à Charleroi, en leur faisant bien comprendre qu’ils n’ont pas intérêt à refuser ? « Il profitait du fait que la plupart ne sont jamais allés à l’école et ne comprenaient rien », lance Patrick Etshimi, un ancien poulain siglé Baglio. Le capitaine de l’époque, Pamphile Mihayo Kazembe, refusera de parapher le bail. « Il est allé à l’université, il a posé une tonne de questions et voulait un double. Car Fabio ne donne jamais de double aux joueurs », ajoute un proche du dossier, présent à Charleroi. « C’est n’importe quoi ! C’est au club de donner un double », s’énerve l’intéressé, qui montre sa connaissance suspecte du métier d’agent et de ses droits envers les joueurs.

Avec cet éventail de Congolais et la réus- site de Mbokani, Fabio Baglio profite de ses relations privilégiées avec la Belgique pour les refourguer ici et là. « J’ai amené le partenariat officiel entre le Tout Puissant Mazembe et Ander- lecht », concède-t-il. Dont Patou Kabanga et Bedi Mbenza sont les derniers représentants, arrivés cet hiver. « Fabio m’a toujours dit que je pouvais aller à Lokeren, car il a ses connexions », rajoute Etshimi. Charleroi (promu en D1 la sai- son prochaine) est également une destination prisée, du fait de ses liens avec le propriétaire Bayat. C’est ainsi que ce sinistre réseau s’installe.

Prendre des joueurs en masse gratuitement et les revendre

Au Congo, Max Mokey, président du MK Eten- chéité, sert de plaque tournante. Certains de ses joueurs transitent en Belgique, tandis qu’il abuse des coups de fil pour « corrompre et embobiner les présidents des petits clubs ». Si Anderlecht a abandonné la filière argentine depuis des années, ce n’est pas uniquement car Laurent Denis ne s’occupe pas de l’aspect juridique. C’est surtout car la RDC représente une terre promise, nonobstant les indemnités de formation que le règlement FIFA réserve aux équipes formatrices. Quant aux joueurs, ils accourent pour une poignée de dollars. «  Max Mokey a essayé de me voler Kabananga (voir le passeport sportif) et cherche à priver mon club de ses droits », s’emporte le président d’Aigles Verts, un des rares téméraires qui n’a pas cédé au chantage et à la corruption. «  Au Congo, les clubs ne savent pas qu’ils peuvent avoir de grosses sommes d’argent grâce aux indemnités de formation », relate Paulo Teixeira, l’agent mandaté sur ce dossier. « Ça a bousculé leur plan. Ils ont une marchandise gratuite, car ce ne sont pas des hommes, c’est de la nourriture pour eux, et ils peuvent ensuite les revendre. »

La FECOFA ne trouve rien à redire et ne défend pas ses clubs. Dans le dossier Kabanan- ga, Anderlecht n’a pas donné un centime, se contentant de faire durer l’affaire encore et en- core, avec une défense ubuesque. L’attaquant touchait 250 CFA, soit moins de 40 centimes d’euro par mois. «  Il s’agit donc indubitablement d’un contrat professionnel en ce que l’article 2 point 2 du Règlement FIFA en vigueur précise qu’un joueur qui perçoit une indemnité supérieure au montant des frais effectifs qu’il encourt dans l’exercice de l’activité du football est considéré comme un professionnel », signa Herman Van Holsbeeck en réponse à Aigles Verts. On répète : même pas 40 centimes est donc un contrat pro- fessionnel selon l’administrateur des Mauves…

JPEG - 167 ko

Trafic d’âge accepté par la FECOFA

Profitant de leur rêve européen et de la naïveté des jeunes Congolais, ces audacieux personnages se permettent quelques économies au moment de leur arrivée en Belgique. « Je suis venu avec Kabananga à Charleroi », raconte Etshimi. « Fabio nous avait dit qu’on venait signer nos contrats. Finalement, on a dû faire des essais et on a signé pour la moitié. C’est quelqu’un sachant manipuler les gens, il parle très bien et on lui faisait toute confiance. » D’autres sondés n’hésitent pas à dire « qu’on lui remet notre vie. Le football, c’est notre moyen d’échapper à la misère ». Or, arrivés en Belgique, ces espoirs perdent tous leurs repères. Si Fabio est à leur service au début, pas question de le décevoir ou de créer une polémique.

Le cas Chancel Mbemba est le plus bel exemple. «  Je ne comprends pas, je ne comprends pas », répète-t-il, des sanglots dans la voix. Renvoyé à Kinshasa, récupéré par Max Mokey, le défenseur espère qu’Anderlecht tiendra sa promesse d’un contrat profession- nel en août, lorsqu’il aura 18 ans. « Quand j’ai sorti ce post sur la page Facebook de Training Compensation, ils ont pris peur. Il fallait enterrer ce garçon ! C’est un 1988, pas un 1994 », décrit Paulo Teixeira. Dans une plainte adressée à la FIFA contre ce dernier, Anderlecht sort le grand jeu. Si Mbemba est en photo, avec sa date de naissance 08/08/1994 sur le site offi- ciel du club, dans la partie « effectif M19 », c’est tout simplement parce qu’il avait été autorisé à participer à un entraînement et qu’il avait été photographié. «  Il n’y a aucune trace d’un Chan- cel Mbemba dans nos fichiers », nous répond l’Union Belge, qui avait écrit aux Mauves pour clarifier la situation. «  Or, un essai d’une année, ça n’existe pas ! » Car le gaillard a joué des matchs officiels, avec les M19 et M21 !

Et si Anderlecht lui a « généreusement payé le billet » pour rejoindre Kinshasa afin de prouver son âge, il ne faut pas prendre les ins- tances pour des jambons. Les manœuvres de la FECOFA pour obliger Bernard Yuka, ancien président du joueur, à signer un document signifiant que Mbemba est né en 1994, sert uniquement à couvrir le géant belge vis-à-vis de ses sponsors notamment, forts mécontents des remous causés. Mais comment peut-on enlever six ans à un joueur qui est enregistré à la CAF, suite à ses sélections avec les moins de 23 ans du Congo ? « Il est parti en essai plusieurs mois et on va voir s’ils le signent cet été », élague Max Mokey, comme s’il n’y avait aucun souci. Comme si toutes ces bienveillantes personnes n’avaient pas violé une personne dans son for intérieur. En écoutant Chancel ne pas savoir quel est son véritable âge, sa vraie identité, on se demande où ce trafic s’arrêtera. Un agent belge, sous couvert d’anonymat, résumera les mentalités de cette sphère vomitive. «  Herman Van Holsbeeck, Laurent Denis, Fabio Baglio et les personnes touchant ce réseau tueraient père et mère pour un billet. Alors des Congolais… » ! Lire la suite dans Sharkfoot>>>


 
0 commentaires
Version à imprimer envoyer l'article par mail title= envoyer par mail Voir les commentaires/Réagir


Dans la même rubrique
 
L’Angola finit troisième à la 65ème Coupe des Nations de rink hockey 2 04 2013
Belgique : Le Congolais Dieumerci Mbokani "Soulier d’Or" 2012 24 01 2013
CAN 2013 : Résultats du tirage au sort pour le dernier tour avec la Côte d’voire et le Sénégal en danger 15 07 2012
Football : Mantorras, l’attaquant angolais du Benfica, arrête 1er 07 2012
Didier Drogba : « J’ai donné le sourire à Chelsea, qui avait tant souffert » 21 05 2012
Dieumerci Mbokani Soulier d’Ebène 2012 8 05 2012
Soulier d’Ebène 2012 : cinq prétendants au trophée 2 04 2012
Angleterre : Fabrice Muamba lutte pour sa vie après un arrêt cardiaque 19 03 2012
Football : Primeiro de Maio de Benguela menacé de disparition 5 03 2012
Angola : L’équipe nationale sans les joueurs expatriés pour des raisons financières 27 02 2012
CAN 2012 : la Zambie sacrée championne d’Afrique 13 02 2012
CAN 2012 : l’Angola frappe fort 22 01 2012
CAN 2012 : L’Angola dans d’excellentes dispositions 17 01 2012
Football africain : la Côte d’Ivoire en tête du classement de Jeune Afrique 11 01 2012
CAN 2012 : L’international angolais Geraldo absent de la liste des 26 9 01 2012
 
Copyrights ©Afriqu'Echos Magazine 2003-2012. Tous droits réservés.
CP. 304 1024 Ecublens-Lausanne /Suisse
Tél. ++41 79 365 04 24
e-mail:aem@afriquechos.ch webmaster@afriquechos.ch 2012
Design by Multiart