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Hommage à Teta Lando
samedi 14 juillet 2012 Emmanuel Cordeiro*
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Un matin du 14 Juillet 2008, le peuple angolais apprenait, depuis Paris, la nouvelle de la disparition d’Alberto Antonio Teta Lando, dans les médias nationaux. Auteur-compositeur et interprète angolais adulé de tous, il était parti en France pour y subir des soins appropriés au mal qui le rongeait. Il ne revint donc pas vivant dans son pays natal, la longue maladie, dont il souffrait, ayant eu raison de sa résistance. Cette nouvelle bouleversa non seulement sa famille, ses amis et ses fans, mais l’ensemble du territoire national fut carrément secoué. Abattu. Car l’artiste qui venait de disparaître n’était pas n’importe qui, de par ses actions. Et chacun de nous a encore en mémoire les mots prononcés solennellement par le Président de la République d’Angola, Monsieur José Eduardo dos Santos. Au moment où, accompagné en cette circonstance de l’ensemble de son gouvernement, il lui rendit un hommage national appuyé dans l’enceinte du Complexe Sportif de la Cidadela, le lieu où la dépouille avait été exposée pour un dernier adieu du public.


Devant un parterre de personnalités angolaises, tous corps de profession confondus, le Président de la République avait déclaré : « la disparition physique de Teta Lando constitue une perte irréparable, non seulement pour sa famille, mais aussi pour la nation angolaise qu’il a tant aimée et cherché à immortaliser dans ses belles chansons. » Dans l’assistance, l’intensité était telle qu’un grand nombre d’entre eux avaient du mal à retenir leurs larmes. C’est dire l’amour qu’ils portaient à ce digne fils du pays qui, de son vivant, leur avait tant donné.

Généreux, visionnaire et toujours bienveillant, ce chantre de paix sociale fit voter, par l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale angolaise, une loi accordant la pension aux artistes-compositeurs angolais ayant totalisé 35 ans de carrière ou à ceux qui ont atteint l’âge de 60 ans. D’ailleurs, tout comme moi, nombre de ses proches d’alors certifient que, depuis Paris, il avait beaucoup réfléchi sur la manière dont il devait s’assurer une base sociale solide, au pays, afin de se doter de bonnes conditions sociales et matérielles pour son autosuffisance. C’était, pour lui, le seul atout qui lui permettrait d’aider les autres, en particulier ses anciens camarades artistes angolais.

Ainsi, au nom de l’amitié sincère qui nous liait, je choisis naturellement ce jour pour lui rendre un hommage et lui manifester mon amitié fraternelle et aussi patriotique. Au-delà de tout ce qu’il a pu donner au pays, les Angolais garderont longtemps, en mémoire, sa gentillesse, sa sincérité, son humilité et sa générosité. En lui dédiant cette page personnalisée, je profite de ce moment pour souligner sa contribution au progrès culturel national de notre pays, aux acquis sociaux de ses pairs qu’il voulait voir vivre décemment et dignement, à l’exemple du peuple angolais, car il était un homme d’honneur.

Aujourd’hui encore, même si notre pays regorge d’artistes talentueux, la silhouette et la voix mélodieuse de notre Teta Lando résonnent toujours dans nos têtes. Beaucoup, parmi ses amis proches, ne s’en remettront jamais. Et tous les attributs qui le caractérisaient nous manquent et nous manqueront à jamais. Je m’adresse directement à lui, en ces termes : mon ami et compatriote, « tu passais ton temps à donner de ton amitié ; et tu donnais sans compter, jusqu’à t’en manquer ! Combien de souvenirs tu nous avais laissés, combien d’autres ont été à l’origine de notre reconstruction ? Je sais que toutes ces richesses resteront gravées dans nos mémoires. Voilà pourquoi j’ai envie de te dire aujourd’hui que, de par tes créations, tu as rendu encore plus belle notre époque. J’ose te le dire, car j’ai pu juguler mes émotions. »

Certes, l’homme était un immense artiste, une vedette à part entière, même s’il savait garder la tête sur les épaules. Pourtant, je puis confirmer, ici, que beaucoup de gens qui l’avaient fréquenté, côtoyé ou approché ne le connaissaient pas vraiment. L’artiste avait le sens de la famille ; d’ailleurs le contraire nous étonnerait. Tenez, je me rappelle encore des fêtes de famille qu’il prenait un si grand soin à organiser et à préparer, qui avaient toujours des allures de caverne d’Ali-baba. Surtout, au cours des fêtes de fin d’année. C’étaient des montagnes de cadeaux pour les enfants et des gourmandises qui se déversaient comme d’une corne d’abondance pour ceux qu’il aimait.

Il lui fallait donner à sa famille, car la famille était tellement importante, pour lui, comme pour nous tous, que c’était aussi sa source d’énergie. Et sa famille, il savait l’unir, la rassembler, l’orienter, l’aimer. Et lorsqu’il s’agissait de donner, il ne comptait pas. C’était ainsi qu’il donnait de lui-même, de son énergie, de son temps, de tout ce qu’il pouvait avoir, juste pour le bien des autres. Il donnait tout et surtout son savoir musical sans attendre un retour ; car cela lui procurait un bonheur immense. Un bonheur simplement infini. Voilà qui était notre Teta Lando. C’était sa philosophie.

J’espère que les jeunes, et même les moins jeunes, y puiseront une bonne matière à réflexion pour mieux avancer, chacun dans son domaine, dans sa carrière, pour le bien de notre pays. Cela faisait aussi partie des rêves de cet artiste au grand cœur.

Voilà 4 ans déjà, depuis que tu nous as laissés ! En ce jour du 14 Juillet 2012, toute la Nation aura une pensée amicale et fraternelle pour toi. C’est mon vÅ“u le plus cher ; tu as été grand, tu resteras grand parmi nous. C’est le plus bel hommage que nous puissions te rendre. |Emmanuel Cordeiro*


* Très proche ami.

Disparition d’Alberto Teta Lando, parti après avoir assuré les vieux jours des musiciens angolais (AEM), juillet 2008

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Le chef de l’État angolais José Eduardo dos Santos accompagné du président de l’Assemblée nationale et de plusieurs membres de son gouvernement, lors des funérailles d’Alberto Teta Lando au pavillon principal du Stade de la Cidadela à Luanda(Photo :©AEM)

 

Arrêt sur images : Hommage à Teta Lando (AEM), juillet 2008


 
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