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À en croire donc les résultats de cette étude, « ces subventions sont trop élevées et représentent une perte moyenne de 1,4% du produit intérieur bur (PIB) pour chaque pays. » Par un montage dont il est seul expert, le professeur Roger Tsafack Nanfosso a su partir d’une étude générale du continent noir pour une application particulière au Cameroun par induction. Le rapport dont il est fait allusion ici n’a jamais traité du cas spécifique du Cameroun, sur 25 pays étudiés sur le continent, (sans le Cameroun), six, principalement des exportateurs de pétrole, ont dépensé, en 2011, 2% ou plus de leur PIB pour les subventions du carburant. Si nous partons des chiffres officiels avancés par les pouvoirs publics, 1.089 milliards alloués aux subventions des carburants soit la répartition de 143 milliards en 2010, 323 milliards en 2011 et 400 milliards prévus en 2012. Quel est le PIB du Cameroun dans les années concernées ici soit 2010, 2011 et 2012 ? Ces chiffres équivalent-ils à 2% de notre PIB ? La réponse est évidente non !
Maintenant l’enquête menée par la Banque Mondiale et qui est visiblement exploitée par le professeur Roger Tsafack Nanfosso à l’insu de son plein gré dit ceci : « Les résultats d’enquêtes menées dans 12 pays à travers le monde (exceptée au Cameroun – c’est nous qui nous le soulignons) montrent que ces subventions « bénéficient en grande majorité aux familles aisées. » Les familles aisées dans les pays riches pour le professeur Roger Tsafack Nanfosso deviennent, dans son entretien, « 74% des subventions au super sont captées par les riches. » Ce qui est un non sens scientifique !
Nous devons cependant reconnaître que le prix du pétrole (des carburants) demeure élevé dans tous les pays du monde excepté dans certains pays du Golfe, certains pays de notre continent ont augmenté les prix du carburant à la pompe et sur leur marché interne. C’est le cas du Ghana qui a augmenté de 30% les prix du carburant en janvier 2011. Dans le même sens, nous pouvons citer le Mozambique qui a augmenté le prix du carburant en 2011 de 10% en avril et de 8% en juillet et la Guinée Équatoriale qui a adopté des mesures pour réduire sa subvention du carburant. Sur ces quelques exemples, peut-il nous être accordé une interrogation simple ? Quel est le salaire moyen dans ces pays ? Ce que l’on appelle communément le SMIC (Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance) ? Au Ghana il est de 75,30 euros soit en Cfa 46.000 environ, le SMIC au Cameroun est de 28.000 cfa environ ! Au Mozambique on ne parle pas de SMIC, le salaire devant être convenu directement entre l’employeur et l’employé. En Guinée Équatoriale, le SMIC est de 915,70 euros soit 599,325 Cfa – ce sont les chiffres que communique la Banque Mondiale.
Les économistes camerounais consultés tout au long de la semaine qui vient de s’écouler dans l’émission de Charles Ndongo à la CRTV « Par Ici le débat » visent sur la base des analyses erronées à préparer l’opinion publique nationale à avaler la dernière pilule du règne du renouveau. Celui qui a opéré deux coupes de salaires aux fonctionnaires et autres agents, celui qui n’a pas préparé des millions de Camerounais à la dévaluation du franc Cfa. Toutes les analyses faites par les uns et les autres n’ont pas ouvert le débat sur les programmes d’aide sociale qui devraient se mettre en place par différents mécanismes devant déboucher à renforcer un véritable soutien des ménages les plus pauvres et les plus vulnérables de notre société.
L’augmentation des prix des carburants va paralyser le pays sans mesure d’accompagnement !
La fin des subventions des carburants va de pair avec l’augmentation du prix du litre des carburants à la pompe ! À cette augmentation il faut ajouter les dépenses contraintes que sont l’électricité, l’eau, le logement en raison de leur caractère de dépenses « pré-engagées » chaque mois pour les familles qui y sont soumises dans notre pays, en ville comme dans la campagne. Lorsque ces dépenses augmentent, les ménages n’ont guère d’autres solutions que de subir cette hausse qui vient rogner leurs revenus disponibles.
L’autre caractéristique de ces dépenses, partagée avec celles que l’on peut qualifier d’« indispensables » comme l’alimentation, le transport, ou la santé, est qu’elles occupent une part bien plus importante dans le budget des ménages modestes que dans les ménages dits aisés. Le dernier rapport du Fonds National de l’Emploi et rendu public le 23 mai 2012, nous dit que 4 millions de Camerounais ont entre 14.000 et 18.000 francs par mois. Ces Camerounais ne constituent pas les 13% cités par le professeur Robert Tsafack Nanfosso et identifiés comme bénéficiaires des subventions au niveau du pétrole lampant ! Les populations des benskineurs, celles des taximen, les transporteurs-racoleurs, c’est-à -dire ceux qui ne sont pas titulaires des engins qu’ils conduisent, rentrent-elles dans les 13% cités par l’économiste consultant de Cameroon Tribune ?
Au vu de ce qui précède, il nous est difficile de parler de famille aisée dans notre pays au regard du niveau de vie des uns et des autres. Tout cela est choquant. Prenons ce que nous appelons la part du salaire « arbitrale » c’est-à -dire ce qui reste une fois qu’on s’est acquitté des dépenses incontournables et contraintes. Si nous prenons le SMIC dans notre pays qui est de 24.000 fr Cfa avec une augmentation du tarif d’électricité de 8% sur le prix actuel, la fin des subventions des prix des carburants, pour un ménage qui dépense 4.000 à 6.000 fr Cfa d’électricité, cette dépense représente entre 20 et 35%. À cela il faudra ajouter 3 à 5 litres de carburants pour un propriétaire de moto, si vous faites le ratio avec les familles qui ont 14.000 ou 18.000 fr Cfa, la part du revenu arbitral est située à 10%, ce qui fait que de nombreuses familles vont se retrouver avec – 6000 fr Cfa pour vivre c’est-à -dire qu’il faudra recourir aux tontines et autres pour tenir !
La paix sociale
Sous d’autres cieux, il est souvent dit qu’on ne revient pas sur les acquis sociaux et la subvention aux produits pétroliers dans notre pays est un acquis social sur lequel il est difficile de revenir sans compensations. Voilà pourquoi la Caisse de Stabilisation des Prix des Hydrocarbures a été créée. Par son intervention, elle permet, d’une part à l’État de tenir ses engagements vis-à -vis de ses populations et, d’autre part, dans son rôle de stabilisateur, de contenir les effets négatifs de la hausse des cours internationaux sur les prix à la consommation. Peut-on valablement, aujourd’hui, mettre donc un terme aux subventions et permettre à la CSPH de continuer à fonctionner ? Va-t-on faire disparaître cette structure comme on l’a fait avec l’ONCPB sans expliquer aux peuples du Cameroun où sont passés les avoirs ? Aucune enquête ne semble avoir été menée ainsi que veut-nous faire croire Badjang ba Nken dans son article du jeudi 19 juillet 2012 et dans lequel il convoque une étude de l’Institut National de la Statistique ! Une enquête sans date ? Sans objectif ? À qui veut-on le faire croire ? L’État ne devrait pas prendre un tel risque même en consultant le prof. Roger Tsafack Nanfosso et les éditorialistes des médias d’État. Le Messager semble poser la question juste : Le régime en place au Cameroun peut-il prendre un tel risque social et économique et éviter un nouveau 28 février 2008 ?|
Dr Vincent-Sosthène Fouda,
Socio-politologue
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