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Adresse de fin d’année
Etienne Tshisekedi passe à l’offensive
mercredi 5 janvier 2005 Serge Makobo (AEM) Kinshasa- RD Congo

Sur le coup de 19 h 30, à la veille de la nouvelle année, tradition oblige, le leader de l’Udps a parlé à la nation. L’ombre de son poids politique plane aujourd’hui sur Kinshasa comme on ne peut l’imaginer alors qu’il n’est représenté dans aucune institution de la transition. Beaucoup d’acteurs politiques ont épié ce rare moment parce qu’ Etienne Tshisekedi ne s’est, au cours de toute l’année 2004, pas prononcé pour mériter une telle attention.

Si, pour le peuple congolais, Si, pour le peuple congolais, il incarne encore le peu d’espoir qui lui reste, le mot lui-même est apparu trois fois dans son adresse à la nation : « nous avons le devoir d’espérer » ou « comment espérer sortir de cette situation infernale » ou encore : « nos vÅ“ux les plus ardents d’espoir ». Etienne n’a donc rien perdu de sa ténacité et de son endurance.


Il faut dire que lui-même était endeuillé cette nuit-là, une de ses sÅ“urs venait de perdre un des siens. Mais cela n’a rien ôté à son discours mobilisateur et offensif. Offensif, Etienne Tshisekedi a peint les insuffisances d’un pouvoir 1+4 qui, selon lui, a montré ses limites et ses insuffisances, mais qui tient à jouer sur les mots pour s’octroyer un « six mois deux fois » supplémentaire.

Sa lutte pour la dignité et contre les antivaleurs, il en fait toujours son leitmotiv. Sur un ton sécurisant, le Sphinx de l’opposition rassure : « Nous aurons un Etat où nous allons bannir toutes les antivaleurs qui nous ont causé tant de malheurs dans le passé ». « Toutes » les antivaleurs ! C’est là que Tshisekedi fait peur à une classe politique habituée aux combines partisanes. Si Mobutu était vivant, il se serait lui-même senti directement et personnellement visé. Etat de droit, respect des textes de loi, voilà des mots qui reviennent et reviennent. Il paraît, et c’est prouvé, que c’est là l’une des sources du mal congolais.

L’ Udps, qui y touche avec ses doigts, remercie cependant la communauté qu’elle convie à des tâches de retouches : redoubler de vigilance, faire pression sur les gouvernants, neutraliser les ex FAR et autres Interhamwes, procéder à la restructuration et à l’intégration de l’armée et de la police nationale. Officiellement, Tshisekedi se prononçait là sur la guerre à l’Est qu’il inscrit dans l’amas des misères et violences qui fragilisent la nation, la dépiècent et créent des fractures sociales telles qu’il paraît exister en RD Congo un caste des privilégiés opposé à la majorité de la population cataloguée dans le Congo d’en Bas.

Le discours de la 10ème rue a dû, sans doute, inspirer la Présidence de la République qui, à certains égards pointé des maux qui minent la bonne marche de la nation. Normal donc pour un Joseph Kabila qui défendait là le bilan 1+4 que plus personne ne veut plus perdurer au délà du 30 juin 2005. Là aussi, le Leader Maximo tranche : la disposition sur laquelle certaines personnes dans la classe politique s’évertuent de s’accrocher est déclarée caduque parce que l’Accord global et Inclusif avait été signé au nom du peuple et non des hommes politiques.

De toutes les façons, Tshisekedi a choisi le bon moment pour se prononcer sur un ensemble de questions touchant à la marche de la nation notamment la question de la guerre à l’Est. Là il s’est tourné vers la Ciat ( Commission internationale d’accompagnement de la transition) pour en finir une fois pour toutes avec la présence des ex Far et les Interhamwes qui donnent prétexte à Kagame d’intervenir en RD Congo. Et donc deux discours en une soirée, un défendant un bilan négatif et un autre constatant des insuffisances. C’est la marque RDC.

|Serge Makobo


 
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