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L’heure est grave. La RD Congo se distingue par une légèreté qui ne peut être tolérée nulle part au monde. Au nom d’un passé de quarante ans sans élections, imaginez que n’importe qui peut s’octroyer la nationalité congolaise en moins de dix minutes, comme beaucoup l’ont usurpée, armes à la main. Il suffit, pour cela, de se présenter dans un centre d’identification avec la fameuse carte verte du temps de Mobutu, falsifiable à souhait à l’alcool ou à l’huile de frein. Il suffit, aussi, de se munir de toute autre "carte de service" dont la plupart se négocient dans la rue où des sérigraphies s’adonnent à la fabrication de sceaux à n’en point croire. Du simple cachet « Payé Merci » au sceau de la haute sphère, tout y passe.
Quant aux cartes d’élève ou d’étudiant, n’en parlons surtout pas, elles se trafiquent à découvert dans la ville. Les hommes au pouvoir ne disent mot. Peut-être consentent-ils maintenant qu’il faut battre le fer parce qu’il est chaud. Ce silence coupable a, sans doute, une signification : le Parlement des composantes voit, en la vraie opposition, un obstacle à ses intérêts partisans. La preuve est que tout a été fait dans la précipitation, par crainte d’être pris de court par la révolte populaire d’une population déboussolée, désabusée qui attendait voir la nation négocier un virage de sauvetage le 30 juin 2005. On prend Dieu à témoin, nulle part au monde, on n’a vu ça. Il faut peut-être rayer le Congo de la carte du monde.
Devant un "centre d’enrôlement", chacun attend, depuis 8h, son tour.(Photo : AEM-Kinshasa)
Dans les médias, tout est visible. Ce sont une crème de Congolais qui se complaisent dans cette légèreté qui nuit à la renaissance d’une nation, laquelle se défigure au fil du temps. Pourquoi faire cadeau de nationalité à qui veut ? Peut-être pour aider ceux qui, comme Catilina, l’ont usurpée. Du temps de Mobutu, il y avait tout de même une certaine fierté, même si cet autre dictateur est à la base de ce qui nous arrive. Il n’est pas exclu que, demain, un natif du Congo ne soit reconnu tout simplement parce qu’il a refusé de participer à des opérations d’enrôlement des électeurs naïfs qui ignorent tout des agendas cachés.
Le processus électoral est plutôt mal parti. Dopé par le rattrapage d’une somnolence prolongée, orgueilleux et méprisant, l’abbé Malu Malu désorganise la démocratie par l’empressement. Il s’agit, pour lui, de renvoyer l’ascenseur à ses parrains. Sa Cei est tout, sauf une commission chargée d’organiser des élections gagnées d’avance. Or, celles-ci ( élections) ne sont pas une affaire des seuls belligérants. C’est une question de vie ou de mort. La survie du Congo est à ce prix. Comme dit tout Kinois averti, « ezali likambo ya mabele » (entendez c’est une question de patrimoine commun).|Serge Makobo SBI (AEM-Kinshasa)
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