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Chacun a appris à regagner la maison avant 22 heures. Plus question de traîner dehors parce que le hasard, le mauvais alors, pourrait vous amener à croiser Kata Kata (Coupeur des têtes) sur son parcours. Il ne s’agit pas d’une légende urbaine, mais bien d’une réalité qui dépasse tout bon sens chez tout citoyen congolais réputé non violent et hospitalier. En cette nuit, chacun a tenu à entendre siffler la fin de la transition automatiquement prolongée par l’Assemblée nationale sur demande de la commission électorale indépendante, dirigée par un Kabiliste en soutane, l’Abbé Malu Malu. De la 7ème à la 9ème , Limeté, il régnait un calme apparent. La température montait plutôt sur la 10ème Rue Pétunias.
Autour du domicile du leader de l’Udps, les combattants se sont organisés pour veiller et assurer la sécurité de l’homme qui a préparé le départ de feu Maréchal Mobutu et résisté contre Kabila Père. Etienne Tshisekedi, seul avec le soutien du peuple, a amorcé depuis le 30 juin à minuit le début d’une autre dictature qui exerce le pouvoir en violation de l’Accord conclu. Aujourd’hui, l’édifice est condamné à s’écrouler parce que son fondement, le consensus, est rompu. On en a pour longtemps, cette crise.
Photo : AEM-Kinshasa
Altercations, accrochages, arrestations, interpellations musclées, enlèvements, cacophonies, manipulations médiatiques, mensonges...tout porte à croire que Mobutu n’est pas encore mort.
Quelques citoyens congolais dénoncent la présence à Kinshasa des mercenaires étrangers (Angolais, Tanzaniens, Rwandais...) qu’ils appellent « Robots ». Ces derniers n’hésitent pas à tirer à bout portant sur une population sans machette comme l’a longtemps fait croire le pouvoir. Le fils du Leader de l’Udps, Félix Tshisekedi qui accompagnait les manifestants vers le Palais du Peuple, mercredi 29 juin dernier, a échappé à la mort rachetée par la fille d’une mère qui lutte actuellement entre la vie et la mort à l’hôpital et sur qui a tiré à bout portant un homme en arme qui intimait l’ordre de livrer les manifestants réfugiés dans sa maison. Sa fille, elle, a été tuée sur le champ.
Généralement, les gouvernements décriés comme celui de la RD Congo ont leur façon de compter les morts. Les manifestations supposées encadrées et pourtant annoncées depuis les 2 avril 2005 ont donné le vrai visage des hommes au pouvoir. Dans ce pays où les analphabètes sentent déjà les indices d’un destin décidé à Bruxelles, Washington, Paris et Kigali, les intellectuels en costume-cravates issus de groupes armés préfèrent, eux, trahir plutôt que résister pour la souveraineté nationale et contre le maintien d’un pouvoir fort, capable d’aider à matérialiser le rêve d’établir en Afrique centrale, un Empire Hima Tutsi pensé par les Américains, les Belges et les Français en faveur du Rwanda de Paul Kagame.
La population a énuméré ses six morts, la plupart ont moins de 25 ans. Tshikapa a compté ses six morts aussi. Les blessés et interpellations se comptent par centaines. Dans un système verrouillé par une répression sanglante, il est pour l’instant difficile de dresser le bilan exhaustif des oppressés parce que les médias restent muselés.
Photo : AEM-Kinshasa
Ce n’est donc là que le prélude d’une crise qui va longtemps diviser les Congolais. Une nouvelle crise de légitimité parce que l’Udps qui organise la résistance déclare le pouvoir de Kinshasa illégal au vu des violations de la constitution issue du Dialogue inter-congolais signé à Pretoria. Dans un tel climat en tout cas, rien ne garantit la tenue des élections dont les préludes sont déjà entachés d’irrégularités flagrantes. Des cas de fraudes jamais enregistrés dans le monde ont été découverts dans un bureau d’enrôlement sans recensement de Bandalungwa où quelques ressortissants de l’Est du pays, triés par la commission électorale indépendante, se sont fait enregistrer cinq, quatre, trois fois. Jusqu’à preuve du contraire, l’on ignore combien il y a des cas pareils dans l’ensemble de 1150 bureaux d’identification des électeurs si, sur une liste de 24 électeurs, 23 pourront frauduleusement voter pour un candidat pré-désigné.
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