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L’ artisanat du bijou d’argent en Algérie : un savoir- faire à perpétuer
lundi 23 octobre 2006 par Kaci Racelma (AEM) Alger, Algérie

Chaque peuple a ses propres repères socioculturels qui font son identité et sa singularité.

Le passé , le présent et même l’avenir de l’Algérie en général et de la Kabylie en particulier ne peuvent ne pas être liés à l’artisanat aussi étroitement que l’est l’enfant à sa mère.

Dans les régions berbérophones, la Kabylie, l’est algérien, les Chaouias et le Sahara des touaregs, l’artisanat reste indéniablement un témoignage vivant d’un génie humain n’ayant connu point d’usure ni d’interruption malgré les âges. Néanmoins, ce savoir - faire millénaire n’est pas à l’abri des difficultés qui s’érigent en embûches également devant les autres secteurs d’activités .


L’artisanat du bijou reste indéniablement partie prenante de la culture berbère algérienne et forme díexpression appropriée du savoir - faire de ses habitants qui ont su , à travers les siècles, caractérisés par un torrent ininterrompu de conquêtes étrangères , garder intacts les contours díun art , aujourd’hui , en pleine mutation.

Aussi bien dans la région des Chaouia à l’est du pays qu’en Kabylie ou encore moins chez les touaregs, cet art millénaire n’a pas pu échapper aux mutations, voire modifications dans le sens, bien entendu, de l’amélioration, nées principalement des passions des artisans de remettre au goût du jour ce que leurs ancêtres leur ont légué comme héritage.

Ceci leur prédestine un rôle catalyseur dans la promotion et la sauvegarde de ce patrimoine aussi vieux que le monde. Dans la fabrication de ce joyau dans la région de Kabylie, au centre du pays, l’émail est très dominant et reste l’une de ses spécificités les plus en vue. Cette substance vitreuse opaque ou transparente est utilisée non seulement pour donner de l’éclat aux bijoux en argent mais aussi pour traduire la chaleur chatouillante du paysage des régions berbérophones. Líinterprétation est donc riche en sens. Le jaune représente le soleil, le bleu le ciel, le vert le pâturage et le rouge corail représente le sang.

Le bijou kabyle, tout comme celui des Chaouias ou le targui, a une dimension humaine qui prend ses origines dans les temps anciens. Sa valeur significative, en totale synergie avec les repères culturels de la société, fait qu’aussi bien ses détenteurs que ses fabricants font naître la bonne opinion. Tavzimt (broche) s’offrait dans le temps aux épouses qui enfantaient d’un garçon. Alger, Tlemcen et Constantine étaient à une époque pas si lointaine le reflet indubitable de l’essor de la bijouterie en Algérie. D’autres régions sont aussi célèbres pour la qualité de leurs oeuvres. Il s’agit de la Kabylie, la région des Chaouias, les targuis et même Mísila (au sud ouest du pays).

Dans La localité précitée, Ath Yenni est la plus célèbre pour la qualité de ses bijoux faits en argent pur (lífeta thakdhimth). Dans cette région, la famille Ogal des Ait Larbas était la première à confectionner Akhelkhal (la chevillière) il y a de cela un peu plus d’un siècle.

Les formes et les couleurs restent un mode d’expression unique et propre à chaque région tout comme la technique de l’émaillage adoptée aux environs du 15 ème siècle par les juifs qui ont su donner à la région un ancrage culturel significatif. Ceux - ci sont les premiers à introduire cette technique en Kabylie et en Chaouia. Akhelkhal (chevillière), Tigwedmatin (boucles d’oreilles), Tikhutam (bagues), Idwiren (bracelets), Tavzimt (fibule), sont autant d’objets fabriqués avec art et manière. Il níy a pas une différence entre un bijou kabyle et celui des Chaouias ou même celui de Mísila.

Le style chaoui ou Mísili est seulement hybride puisqu’ il est caractérisé par l’apport exotique, genre romain et byzantin. Les sociétés touaregs qui vouent un véritable culte à l’artisan et aux métiers nobles parmi lesquels la bijouterie, regorge d’atouts et de talents que traduisent les différentes oeuvres réalisées.

Dans le contexte actuel l’artisanat du bijou est devenu une tradition qui se perpétue depuis 1995, date de l’instauration de la fête annuelle du bijou à Béni Yenni. Cet artisanat est presque, de nos jours, fragilisé. Ceci trouve ses raisons dans la cherté de la matière première comme nous l’explique un ,bijoutier des Ath Yenni exerçant à la maison de l’artisanat au chef lieu de wilaya de Tizi Ouzou : « Les prix de la matière première fluctuent à chaque fois et ce sont toujours nos clients qui en subissent les conséquences et fait naître même dans certains cas le doute parmi eux. Ces problèmes sur lesquels nous ne cessons de buter découragent certains de nos collègues qui abandonnent carrément ce métier. »

« L’argent qui n’est pas du tout pesant est utilisé et pour lui donner un air ancien ; il est oxydé par les contre facteurs » nous révèle M.Larbi, artisan des Ath Yenni. Notre interlocuteur nous parle aussi de la raréfaction du corail naturel ce qui pousse à l’utilisation du plastique. « Certains bijoutiers utilisent du corail en plastique, ce qui fait perdre au bijou son cachet original » se lamente- t- il.

La sauvegarde de ce patrimoine millénaire ne dépend pas seulement d’une seule catégorie de personnes, des bijoutiers, mais également de l’ensemble des acteurs qui doivent se coltiner cette lourde tâche consistant à le préserver dans l’espace et dans le temps.

Ce métier est aussi courtisé par les marchands spéculateurs dont le seul souci reste le gain facile. « Ils importent des bijoux de fantaisie et leur audace pousse jusqu’à leur donner le modèle berbère ce qui est au détriment du métier que nous exerçons avec bravoure et audace » déplore Larbi.

Tout compte fait, le savoir- faire de ces bijoutiers n’est nullement vain puisque leurs bijoux voyagent à l’occasion des différentes manifestations comme la fête du bijou qui se tient chaque année du 27 juillet au 04 août. Une occasion idoine pour prouver leur talent.

« Heureusement, dame nature n’est faite que de justice et notre communauté établie à l’étranger, notamment en Amérique du Nord, ( le Canada et les Etats-Unis ), devient de plus en plus demandeuse de nos produits qui restent d’une valeur non négligeable d’autant qu’ils véhiculent un passé riche de notre société » nous fait remarquer un artisan. | Kaci Racelma (AEM) Alger, Algérie  

 
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