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Robyn Orlin présente « Johannesburg en danse » au Festival TransAmériques de Montréal
mercredi 22 mai 2013 par Hélène Boucher (AEM), Montréal, Canada
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Une chorégraphie de toute beauté|Crédit photo :©John Hogg

Montréal accueille, les 23 et 24 mai, les danseurs sud-africains de la compagnie Moving Into Dance Mophatong de Sylvia Glasser. Cette troupe est programmée sur la scène du Monument-National, avec une chorégraphie originale et audacieuse de Robyn Orlin intitulée Beauty Remained for Just a Moment then Returned Gently to Her Starting Position...Une aventure tout en mouvements, articulée autour des thèmes si chers à l’artiste originaire de Johannesburg : la beauté, la critique de la société sud-africaine et la fantaisie artistique multidisciplinaire.


Beauty Remained for Just a Moment then Returned Gently to Her Starting Position...est une invitation à découvrir « Joburg », ville fétiche de la chorégraphe et danseuse contemporaine Robyn Orlin, sous un regard éclaté, voire baroque. Créé le 24 septembre 2012 lors de la Biennale de Lyon, la chorégraphie se déploie avec humour et un éclat subversif, griffes de la chorégraphe. Un concept tout en danse, aux côtés d’une femme fascinante : une animatrice de foule flamboyante, entièrement vouée au recyclage. Avec sa robe à froufrous de textile écolo, digne d’une ballerine classique, elle se dirige tout droit à la recherche de la beauté. Côtoyant d’autres personnages hauts en couleur, elle partage la scène avec des danseurs tout aussi exubérants, passant du dialogue à la projection de vidéos, toiles de fond de la vie africaine.

Celle qu’on a considérée longtemps comme l’enfant terrible de la danse sud-africaine, jusqu’aux années 2000, époque de sa reconnaissance internationale, n’a jamais lésiné sur sa liberté à critiquer son pays d’origine. L’Afrique du Sud, l’apartheid et ses horreurs, et les ravages du SIDA, font partie de ses pistes d’inspiration depuis les années 90. Sa première œuvre, If You Can’t Change the World Change Your Curtains, portrait déjà le poids de sa vision du monde exprimée grâce à la danse théâtrale et à la vidéo. Adepte d’une démarche artistique où «  l’art ne sert à rien, s’il n’est pas en prise avec le réel », Orlin a toujours su trouver, dans la réalité, sa muse. Âgée de 58 ans, elle vit maintenant à Berlin en Allemagne. L’artiste s’est confiée à Afriqu’Échos Magazine, à quelques jours de la première.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE(AEM) : Vous exprimez avec humour votre vision sur le monde, notamment sur la beauté avec Beauty Remained for Just a Moment then Returned Gently to Her Starting Position... Est-ce une arme assez puissante pour affronter notamment l’horreur de l’apartheid et du racisme ?

ROBYN ORLIN (RO) : Il y a plusieurs façons de concevoir l’art, la mienne c’est avec l’humour. Et j’essaie de l’utiliser de manière à susciter plusieurs réflexions auprès du public. Il est plus facile de rire de soi que de recevoir des critiques et de les affronter. Et je crois que j’ai appris ceci en assistant à des œuvres sud-africaines telles que Sizwe banzi is dead d’Athol Fugard ou celles de l’auteur satiriste Pieter-Dirk Uys autour du thème du SIDA. Les sujets abordés sont majeurs, délicats mais ils le sont toujours avec humour. Plusieurs Sud-Africains ont appris à rire d’eux-mêmes grâce à eux et il s’agit d’une arme puissante.

AEM : Comment un danseur peut-il exprimer et porter le poids de la beauté face au racisme ?

RO : Venez voir le spectacle et les danseurs pour le constater…

AEM : Quel est le tableau le plus laid auquel vous ayez assisté durant l’apartheid en tant que militante ?

RO : Les assauts à Soweto. Comment peut-on fusiller un enfant innocent parce qu’il refuse d’apprendre un autre langage ! La violence et la haine qui régnaient à cette époque étaient tellement laides…l’apartheid elle-même est d’une totale laideur, un monstre… Je n’y ai, bien entendu, trouvé aucune beauté…

AEM : Avez-vous déjà discuté avec Mandela de votre démarche artistique ?

RO : Non, jamais. Je ne suis même pas sûre qu’il me connaît…

AEM : Comment définiriez-vous la situation actuelle entre les Blancs et les Noirs en Afrique du Sud ?

RO : La situation est honnête : ce que l’on voit est exactement ce qu’il en est et c’est là l’essentiel. Le racisme est toutefois encore omniprésent, il se transforme…il faudra plusieurs générations pour complètement enrayer le racisme…

AEM : Qu’est-ce que Johannesburg, votre ville chérie, a de si spécial, de si beau ?

RO : « Jozi » m’est précieuse dans la façon dont on y survit, dont on s’y exprime. Notre regard sur nous-mêmes, à tourner en dérision les situations. C’est la ville africaine promise. Son parfum après la chute de la pluie mélangé à celui des rues. Son soleil, sa présence au lever et au coucher…et tellement plus.

AEM : Vos projets à venir…

RO : Mes projets en devenir consistent en une œuvre, en novembre prochain, autour de la chute intitulée In a world full of butterflies it take balls to be a caterpillar ainsi qu’une œuvre avec une compagnie sénégalaise en 2014 ayant trait au corps : When we point one finger at another person , we are pointing three at ourselves…|Propos recueillis par Hélène Boucher (AEM), Montréal, Canada

 
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