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Cameroun : il est temps d’agir en homme politique pour moderniser nos institutions territoriales
mercredi 1er mai 2013 par Dr Vincent Sosthène Fouda
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Dr Vincent-Sosthène Fouda

Beaucoup partagent ce point de vue parmi les universitaires, les élus locaux, les députés, les membres du gouvernement mais personne n’a le courage, et ceci, à divers degrés de se prononcer sur le sujet. Travail titanesque s’il est besoin ! Notre « organisation » territoriale est un imbroglio institutionnel aux logiques fumeuses, qui engendre des coûts inutiles, des lenteurs administratives et, au final, une inefficacité permanente. Depuis combien de temps a-t-on accolé au Ministère de l’Administration Territoriale le terme de Décentralisation ? Depuis combien de temps nos vieilles provinces sont-elles devenues des régions ? Depuis combien de temps avons-nous des Conseillers régionaux, ce qui laisse aussi croire que nous avons des Conseils Régionaux ? 15 ans pour certaines institutions, 10 ans pour d’autres. Maintenant, depuis combien de temps tout ceci est un mirage, un texte inscrit au journal officiel et que rien n’est appliqué ? Nous aurons beau revoir toutes les politiques publiques, si les structures administratives ne sont pas dans le même temps réformées, l’effort sera vain


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 Le Professeur Joseph Owona a publié un ouvrage sur la décentralisation chez L’Harmattan, La décentralisation camerounaise préfacé par Marafa Hamidou Yaya alors ministre d’État, ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation. Il est aussi important de signaler l’ouvrage plus large, mais avec une grande part du Cameroun, de Charles Nach Back chez Karthala, Démocratisation et décentratilisation. Mais pouvons-nous dire que la décentralisation ait, une seule fois, retenu l’attention de nos gouvernants ? Pouvons-nous penser un seul instant que nos gouvernés aient idée de ce qu’elle est et/ou représente ? Pouvons-nous trouver trace d’une simple analyse dans nos journaux, radio, télévision ? Pourquoi ?
 L’arrivée du Sénat sans canevas préalable est donc une superposition de structures de plus, un enchevêtrement de compétences et de financements croisés. Le Cameroun, dans ses différentes composantes, refuse de clarifier la gouvernance, de définir les attributions et le financement des collectivités territoriales. Il est légitime que le peuple pour lequel nous nous engageons en politique dise ne plus pouvoir supporter plus longtemps un système où, par exemple, personne ne sait qui fait quoi et quelles sont les attributions des uns et des autres. Quelles sont les passerelles qui permettent de partir du point A au point B. Le Cameroun compte 360 communes et 14 communautés urbaines. N’est-il pas temps justement, dans le sens de la reconstruction et/ou de la construction de notre pays, de parler vraiment des intercommunalités, d’avoir des Conseils Généraux effectifs et non plus fictifs ? N’est-il pas temps que journalistes, universitaires, société civile mettent une pression républicaine à nos gouvernants ? N’est-il pas temps que, collectivement, nous jouions, tous, notre partition pour le développement de notre pays ? Le mot développement peut sonner faux pour les uns et les autres, surtout pour ceux qui manquent de tout au quotidien. Mais que mettons-nous dans ce tout ? Ce n’est qu’ainsi que l’aménagement du territoire, le développement économique, l’action culturelle ou le tourisme, la santé, l’éducation trouveront une solution dans notre pays.
 Avec l’arrivée des régions, du Sénat peut-être nous poserons-nous légitimement la question de savoir quel est le rôle du FEICOM. De la réponse à cette question naîtra, peut-être, une autre question fondamentale sur les rencontres de nos élus. Que font-ils quand ils se retrouvent ? De quoi parlent-ils ? Ce qu’ils se disent est-ils au profit des populations ? Ces questions méritent d’être posées en public, l’opinion se forme ainsi, c’est comme cela que se structure l’espace public. Il y a, aujourd’hui, tellement de bâtons dans les roues de l’indispensable construction du « nous-commun » dans notre pays. La razzia du RDPCSDF au Sénat et la disqualification des autres forces politiques ayant pris la ligne de départ de cette consultation sont là pour nous le prouver. Oui, il y a, au sein du RDPCSD, des gens qui veulent stopper net le Cameroun, pour qui le Cameroun c’est eux et que le Cameroun disparaîtra avec eux.
 Pour ma part, je suis pour le dépassement des Régions, je suis pour la création des Territoires de développement et de vie avec des Conseillers territoriaux. Parce que la démocratie a besoin des relais territoriaux qui vont au-delà des organisations tribales, claniques et ethniques. La commune, telle qu’elle existe aujourd’hui, est très tribale. Elle n’est plus cohérente avec les bassins de vie et avec la médiocrité politique de nos acteurs politiques. Elle s’est déconnectée du développement et son organisation administrative n’est lisible par et pour personne. Le RDPCSDF a, effectivement, fait de la commune l’équivalent d’une circonscription administrative afin que celle-ci soit pour lui un découpage électoral. Dans nos villes, nous l’avons vu dans le cas des problèmes de Mimboman, les communes sont invisibles. Elles sont une sorte d’ectoplasme institutionnel ! Avec la mise en place de l’intercommunalité, le développement des territoires bassin de vie, de travail, nous aurons un véritable brassage des populations et il se créera une dépendance nécessaire pour la consolidation du « nous-commun ».

Il est temps de faire de la politique

Le déséquilibre entre la représentation de la ruralité et celle des villes est flagrant, mais jamais personne ne le dénonce. Nous devons en finir avec cette anomalie qui veut qu’on ne se base sur rien pour fixer le nombre des conseillers municipaux, le nombre de députés ! Il est donc temps d’instaurer, dans les circonscriptions électorales infra-départementales qui serviront de base à l’élection des conseillers territoriaux, des modalités de scrutin différentes pour les villes. Sans doute, faut-il introduire une dose de proportionnelle, tout en préservant le lien avec une circonscription électorale. Sans doute, faut-il, au sein de la future assemblée territoriale, instaurer, une prime à la majorité, pour qu’elle reste gouvernable. Si des difficultés juridiques apparaissent ici ou là, elles ne doivent pas donner prétexte à ne rien faire. Si nous regardons les communes de Mbalmayo et de Mfou il est possible d’envisager une intercommunalité et créer aussi un Territoire qui prendrait le département du Dja et Lobo. On attribuerait ainsi à ce territoire ce que j’appelle « une clause de compétence générale » afin, justement, que le Conseil du Territoire puisse intervenir tous azimuts sur l’ensemble de son territoire de compétence. Les communes défendront donc, dans le Conseil du Territoire, leurs propositions et ces conseillers communaux travailleront un peu. ----Nous devons construire un pays, et ceci passe par la fin de cette espèce de surenchère d’amour-propre comme on a pu le voir avec l’UDC lors des sénatoriales. Les conséquences de cette surenchère, malheureusement, sont supportées in fine par le contribuable. -Mettons un terme à la superposition des institutions, mettons un terme aux guerres entre les peuples vivant sur le même territoire. Le politique a sa part de responsabilités. Les administrés, aussi, par leurs limites à l’adhésion au pacte républicain. Cela ne veut pas dire que tout est figé. Les médias doivent jouer leur partition. L’attitude des uns et des autres, aujourd’hui, n’est pas à la hauteur de l’enjeu et des défis qui nous attendent. Pour moi, plus que les Conseillers généraux que nous n’avons jamais vus, l’institution des Conseillers Territoriaux est indispensable pour créer une vraie cohérence entre l’échelon communal et le niveau départemental même s’il arrive que le département soit à la dimension d’une commune. Ce n’est qu’ainsi que nous arriverons à la coordination territoriale qui nous fait, aujourd’hui, cruellement défaut. Pour moi, il y a urgence. Ne gâchons pas la chance historique qui nous est donnée de moderniser nos institutions. Nous venons, tous, de voir les résultats des sénatoriales, nous avons vu leur collège électoral. Maintenant, pensons à l’intercommunalité, à la vraie décentralisation, à la fiscalité locale, au développement local. Dépassons les intérêts catégoriels. Je ne vois pas nos collectivités territoriales comme des gâteaux qu’il s’agirait de partager entre le maximum de convives, tout en préservant sa part ! C’est ce genre d’attitude qui fait que nos concitoyens désespèrent, parfois, de leurs politiques.
 Il est grand temps d’agir et d’avancer dans l’indispensable mise en place des réformes longtemps annoncées, jamais mises en place. La guerre du Sénat vient de nous lancer un dernier avertissement, la réforme de nos institutions territoriales est plus que nécessaire. |Dr Vincent-Sosthène Fouda Socio-politologue

 
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