Koffi Olomide a berné tout le monde, il n’est pas revenu en France


Après avoir écouté les interviews des uns et des autres; après avoir lu tous les articles de presse concernant cette affaire (notamment, AFP, RFI ou Jeune Afrique), connaissant et pratiquant le code pénal français et la procédure pénale française et internationale, après m’être minutieusement renseigné auprès des juridictions d’Ile de France, je peux vous dire aujourd’hui que Koffi, avec l’aide de son avocat, a berné tout le monde : Il n’est jamais venu en France au cours de ce mois de février 2012.

Je m’étonne que personne, parmi les journalistes, ne se soit aperçu des contradictions des protagonistes de cette affaire. Je suis surpris que personne n’ait relevé les incohérences de Koffi et de son avocat vis-à-vis du code pénal et de la procédure pénale. Vous allez me rétorquer « Et l’Afp, et RFI qui ont repris l’info ?». Et je vais vous répondre ceci : si vous lisez attentivement la note de l’AFP, celle-ci dit : « chanteur congolais Koffi Olomidé a été mis en examen lundi ……a-t-on appris mercredi auprès de son avocat Me ManuLe el Aeschlimann. » Généralement, les agences de presse disent « de source judiciaire ou policière ». Mais là, c’est l’avocat qui leur a passé une info qu’il avait, en temps normal, tout intérêt à ne pas trop ébruiter, afin de ne pas écorner l’image de son client.* On nous dit que dès sa descente d’avion, Koffi est allé voir la Juge d’instruction, qui l’a aussitôt auditionné. Tout se passe comme si c’est Koffi qui impose le calendrier des auditions à la Juge et que celle-ci était à la disposition permanente de Koffi. Quand on pense que Strauss Khan Dominique demandait à être entendu depuis des mois et que c’est seulement le 21 février 2012 qu’il a été auditionné à Lille, on comprend que ce n’est pas à l’accusé de fixer le calendrier des débats. Et puis, s’il était sorti libre de l’aéroport de Roissy comme l’affirme son avocat, pourquoi alors s’est-il rendu chez la juge d’instruction ? Et vous pensez vraiment que la juge d’instruction, après avoir mis en examen quelqu’un qui s’était déjà enfui, aurait laissé Koffi libre de ses mouvements ? Non ! Car, dès le départ, Koffi étant un fugitif, aurait été auditionné sous le régime de la garde à vue qui, dans son cas, aurait pu se prolonger 72 heures.

Sachez que la garde à vue peut durer jusqu’à 72h pour un certain nombre d’infractions mentionnées à l’article 706-73 du code de procédure pénale, notamment :

– Crimes et délits d’enlèvement et de séquestration commis en bande organisée prévus par l’article 224-5-2 du code pénal

– Crimes et délits aggravés de traite des êtres humains prévus par les articles 225-4-2 à 225-4-7 du code pénal

Quand on nous dit qu’après son audition, Koffi a été laissé libre en attendant que le juge des libertés et de la détention statue sur une éventuelle incarcération, c’est encore une méconnaissance ahurissante de la procédure pénale française. Déjà en 2010, l’avocat de Koffi, lui-même, déplorait la fuite de celui-ci vers le Congo en disant que cela n’arrangeait pas les affaires de Koffi. Laisser Koffi se soustraire une deuxième fois à la justice française, cela arrange -t-il ses affaires? Ou alors, cet avocat n’est pas de bon conseil ! Koffi étant un fugitif, recherché par la justice française, ne pouvait pas sortir de l’aéroport de Roissy libre et repasser, le lendemain, à Roissy, en sens inverse sans être inquiété et rentrer à Kin paisiblement, étant donné la gravité des faits qui lui sont reprochés. Cette aberration est difficile à faire avaler à un pénaliste ou à un policier de base. Et puis sans vouloir faire de la sociologie de bistrot, connaissant les mœurs de nos musiciens, Koffi, rentrant libre à Kin, n’aurait pas manqué de marquer le coup en organisant un comité d’accueil imposant, si pas un cortège kilométrique.
Or, personne n’a vu Koffi en France le 13 février, personne ne l’a vu descendre d’avion d’Air France à Kin le 14 février. Aucun témoin n’a vu Koffi à bord d’un quelconque avion d’Air France, ni à l’aller, ni au retour prétendu. En ce mois de février, personne n’a photographié Koffi, ni à Roissy, ni à Paris, ni à Kin descendant d’un avion d’Air France.

Voici ce qui s’est passé en ce mois de février 2012

La Juge d’instruction, après avoir bouclé l’instruction de l’affaire et de graves présomptions pesant sur Koffi, vient de mettre celui-ci officiellement en examen. Et cette mise en examen a été notifiée à l’avocat de Koffi, Me Aeschlimann. Et pourquoi cette mise en examen n’intervient que maintenant ? La juge, pour la régularité de la procédure, voulait entendre Koffi. Lors de la toute première convocation, en 2009, où Koffi devait être entendu, celui-ci s’était échappé du Tribunal pour s’enfuir au Congo dans les conditions que tout le monde sait. La Juge d’instruction a alors adressé à Koffi et à son avocat plusieurs autres convocations pour que ce dernier soit entendu. Ces convocations sont restées lettres mortes, Koffi se terrant à Kin. Koffi ne déférant toujours à aucune convocation et lasse d’attendre, la Juge d’instruction a décidé, en ce mois de février 2012, de le mettre en examen afin de pouvoir passer à la prochaine étape qui sera le procès. C’est son avocat qui a annoncé cette mise en examen aux organes de presse, ça c’est la vérité. Là où ça devient vicieux, c’est lorsque cet avocat a affirmé à la presse internationale que Koffi s’était présenté librement à la justice et qu’il avait préféré rentrer chez lui au Congo devant la volonté de la Juge d’instruction de l’incarcérer…sans préciser qu’il parlait des faits intervenus en 2009. Et la presse a repris l’info en pensant que ces événements étaient actuels. Me Aeschlimann s’est livré là à un jeu malsain indigne d’un serviteur de la Justice. Mais, il doit avoir ses motivations…

Je rappelle qu’un Juge d’instruction instruit le dossier à charge et à décharge. C’est-à-dire que Koffi devait être entendu pour apporter des éléments à décharge, et il a loupé cette occasion. Si le dossier était vide, comme le soutient son avocat, Koffi aurait dû répondre aux convocations et apporter ses observations et précisions. Mais, il ne l’a pas fait. Je voudrais souligner que je ne me prononce pas sur le fond du dossier où Koffi est, jusqu’au procès, présumé innocent. Mais, maquiller la procédure, comme le font Koffi et son avocat pourrait laisser penser à quelques-uns que la défense est aux abois.
Sachez qu’un avocat essaye toujours de tourner la loi à son avantage et de présenter l’affaire sous un jour favorable à son client. Et pour ça, l’avocat de Koffi réussit bien jusque-là. Mais la réalité s’invite toujours avec le temps. « Dans trois mois, Koffi reviendra à Paris pour son procès », ont-ils clamé. Je prends les paris : Dans trois mois, Koffi ne reviendra pas à Paris. À ce moment-là, tout le monde découvrira les pots aux roses, si ce n’est déjà fait. Mais d’ici là, Koffi a bien berné tout le monde. Chapeau l’Artiste !
|Serge Samba Ngata, kickeo@free.fr