Turin : le culte de l’antique, ville musée, ville des musées


Une momie avec les effets personnels qui l'ont accompagné dans sa dernière demeure | Photo©AEM

Alors que ses performances sportives dévissaient inexorablement, Cristiano Ronaldo a été recruté à prix d’or (105 millions d’euros) par la Juventus de Turin. De même, dès que Paris Saint-Germain s’était rendu compte que Gialunca Buffon était plus une prestigieuse pièce de musée qu’un athlète de haut niveau, le club français l’a rendu à la Juve. Il m’aura fallu visiter Turin pour réaliser à quel point ce culte de l’antique caractérisait cette ville. Outre ces deux joueurs, véritables pièces de collection, Turin détient un nombre record de musées : plus de soixante-dix aux thématiques parfois très surprenantes comme le musée de la prison, le musée de l’anthropologie criminelle, le musée de l’écriture, un musée roulant (Tram Ligne 7), un superbe et gigantesque musée du cinéma incontournable mais aussi… le musée de l’Egypte, deuxième au monde par la quantité de pièces après celui du Caire.

Quand on arrive à Turin, on a le sentiment de débarquer dans un ménage qui ne jette rien à l’idée que tout objet obsolète ou cassé pourrait toujours servir. Ainsi, à côté des trains et métros modernes, circulent encore des trams d’un autre âge dont aucun ne ressemble à l’autre. N’empêche, ces moyens de transport assurent avec une ponctualité et une régularité infaillibles. La ville ne paye pas de mine et sa mine peine à témoigner de son passé industriel florissant qui avait engendré Fiat, Olivetti, la Radio-Télévision Italienne, Kappa, qui a introduit le cinéma  dans ce pays… Symbole de cette gloire disparue, racheté par un autre groupe, le siège du géant Fiat a été déplacé aux Pays-Bas.

Même sur le plan touristique, Turin est reléguée au dixième rang des destinations touristiques italiennes. La ville n’est pas pourtant dépourvue d’atouts touristiques et culturels. Outre les deux « vestiges » de l’histoire footballistique (Ronaldo et Buffon) qu’on peut voir encore se mouvoir sur la pelouse de l’Allianz Stadium, avec des craquements des os, Turin propose une plongée saisissante  et  instructive dans l’Egypte ancienne mais aussi un récapitulatif très riche et bien illustré de l’histoire du cinéma dans un musée qui s’étend sur 3.200 m² et qui culmine à 85 mètres d’où on peut avoir une vue imprenable de la ville. Ce musée est le plus grand d’Europe sur cette thématique.

Au musée de l’Egypte, si l’on n’est pas surpris d’y trouver des momies, des sarcophages, des parchemins barrés d’hiéroglyphes, les visiteurs  sont médusés devant des momies de crocodiles, de vaches et de chiens. Trois musées attirent également  foules et connaisseurs : Palazzo Madama, le musée de l’armurerie et l’antre de Juventus avec la double visite du musée et du stade. Au stadium, le visiteur remarque très vite l’exiguïté du musée et la sobriété des dépendances du stade qui tranchent avec l’histoire et le prestige du club. Le musée de la Ferrari, pour sa part, regorge de belles pièces mais la scénographie quelconque douche l’intérêt des visiteurs.

Entre les momies du musée de l’Egypte et le recrutement de Cristiano Ronaldo et de Buffon, Turin invite à la vénération des exploits repris dans des manuels d’histoire et sur des pages jaunies des journaux sportifs ainsi que sur YouTube.|Botowamungu Kalome (AEM)

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