Félix Tshisekedi : à quel prix et dans quel état arrivera-t-il en 2023 ?


Félix Tshisekedi sur ce cliché avec son directeur adjoint de la communication

Je dédie cet article à Feu Charles Kilosho, parti le 23 mai 2020.

En à peine un peu plus d’un an après son élection, Félix Tshisekedi a déjà enregistré un tragique record : une dizaine de ses proches collaborateurs sont morts dans des circonstances et à un rythme qui intriguent, qui affolent encore plus depuis samedi 23 mai dernier, avec la disparition de trois à cinq (selon les sources) personnes parmi lesquelles Charles Kilosho, directeur adjoint de la communication, un ami d’enfance du président. La pandémie covid-19 a eu bon dos : on lui impute ces décès étouffant les sourdes rumeurs d’un large empoisonnement de l’entourage du chef de l’État. Mais la mort de Charles Kilosho a emporté des digues : ses amis et ses proches parlent ouvertement, dans les réseaux sociaux, d’un empoisonnement très répandu que le défunt reconnaissait. Le régime sortant est tacitement soupçonné mais une telle hypothèse supposerait que le ver est dans le fruit, qu’il aurait des relais parmi les « fidèles » du boss. Si la piste sacrificielle également évoquée semble folklorique, beaucoup n’hésitent pas à pointer le fameux pacte de Genève de la coalition Lamuka signé dans des conditions « mystiques » selon Félix Tshisekedi ; pacte qui avait promis opprobre et fin de carrière politique à ceux qui le trahiraient.

On imagine la peine de Félix Tshisekedi au regard des liens avec certains collaborateurs disparus qu’il a embarqués dans son aventure présidentielle : son oncle paternel, son chauffeur personnel qui l’était depuis des décennies, un ami d’enfance… Que ressent-il face aux veuves et orphelins de ces défunts ? Avec quels mots, tente-t-il de les consoler en sachant qu’en face on se dit forcément : « Soki akotaka na ye ba makambo ya politique te, nde akufi te » (Il ne serait pas mort s’il ne s’était pas embarqué dans cette aventure politique). Les réseaux sociaux aussi tonnent : « Il est temps que le président élucide le mystère de ces morts », mais comment le faire quand on ne sait pas qui est l’ennemi ni où, quand et comment il va frapper.

Ce ne sont pas, hélas, ces seules morts qui doivent hanter les jours et les nuits du président congolais : en Ituri les massacres sont récurrents, à Beni la police a tué de sang-froid un militant de la Lucha, à Kinshasa la police a semé la mort juste pour appréhender Ne Muanda Nsemi, dans les environs de Beni des rebelles tuent encore et toujours, on ne compte plus les vacances que passent actuellement sur le sol congolais des forces armées rwandaises, centrafricaines, zambiennes, burundaises, ougandaises… Pour faire court, j’ai retiré de la liste des tracas le dollar qui s’emballe, le budget de l’État ramené à des proportions faméliques mais réalistes, des proches qui avouent avoir prélevé une rétrocommission de 5 % sur le budget total du programme d’urgence des 100 jours…

C’est lequel, le vrai poison qui tue : le pacte de Genève ou le deal avec Joseph Kabila ?

Pour mettre un terme au régime de Kabila qui s’était offert une rallonge de deux ans après deux mandats successifs, les ténors de l’opposition avaient crée la coalition Lamuka pour présenter un candidat commun face au président sortant. La méfiance était la règle dans cette alliance, personne n’avait confiance en personne et c’est une fondation étrangère qui a été convoquée pour les amener à un accord. Un pacte qui comportait une grave menace pour contraindre les alliés à son respect : « Si je ne respecte pas mes engagements, je mettrais fin à ma carrière politique et je serais soumis à l’opprobre de la Nation et à la sanction de mes pairs » 

Lorsqu’il se fait la malle à Genève et plante Katumbi, Fayulu, Bemba et compagnie, Félix Tshisekedi tente une explication étonnante dans un échange avec la presse : « J’ai signé mais j’étais comme envoûté » et va se faire même précis : « Concernant le pacte que nous avons signé, un de mes aînés m’a dit que c’était un texte d’émanation maçonnique ». L’analyse politique s’ouvrait ainsi sur une dimension mystique. Et quand, peu de temps après, il nomme un ponte de la franc-maçonnerie congolaise dans son cabinet, l’on susurre alors qu’il vient de se doter d’un paratonnerre. Aujourd’hui, la crédibilité de la menace brandie par le pacte de Genève revient en force parmi les hypothèses d’autant plus que Vital Kamerhe, qui a aussi renié ces engagements, croupit en prison et son avenir politique est plus proche de la fin que d’une percée. Il ne s’agit pas de tropicaliser la lecture du fait politique mais de relever à quel point ce pacte et les déclarations du président de la République nourrissent aujourd’hui des questionnements sur ces morts à la présidence.

« Le deal avec Kabila » est le socle sur lequel le nouveau président de la République a choisi de bâtir son mandat. Privé de majorité parlementaire, Félix Tshisekedi a manifestement décidé de surpasser les blessures des mandats de son prédécesseur : des militants de l’Udps brûlés vifs, la mort de Rossy Tshimanga, l’exil imposé au corps de son père, les multiples répressions meurtrières et sanglantes des Kinois qui répondaient à ses appels à manifester, le débauchage de Badibanga et de Tshibala, le dédoublement de l’Udps… Et ne va pas faire l’économie d’amabilités, de compliments et de courtoisie envers Kabila. En pure perte ? Possiblement.

Cinq mois après son élection, le président avait signé des ordonnances nommant, entre autres, des dirigeants de la Gécamines et de la Société nationale des chemins de fer ; deux ordonnances que la ministre de portefeuille gèle ostensiblement. « Sur ordre de Joseph Kabila »comme l’avait laissé entendre Vital Kamerhe qui venait de discuter avec l’ancien président « qui lui aurait assuré que ces ordonnances allaient enfin être appliquées ». Aussi, la mise en quarantaine administrative de Kalev, le patron des renseignements sous Kabila, serait une illustration d’une guerre larvée que ses livreraient les deux partenaires du deal. L’apparition soudaine du présumé « Ibrahim Kabila » relançant la question de la filiation controversée de Joseph Kabila ferait-elle partie de ses coups fourrés ? En tout cas, la manière dont il a été soustrait des griffes de la police suscite des interrogations. Cette « guerre » supposée serait telle qu’elle se prolongerait par des empoisonnements pour affoler et fragiliser le président et son entourage afin de les rendre malléables à souhait d’ici à 2023 ? Difficile de confirmer cette hypothèse même si sa construction paraît cohérente. 

Et à présent ?

Que se passe-t-il réellement ? « Le président doit élucider ce mystère et punir les coupables », écrivent de nombreux internautes qui ne croient pas au hasard moins encore à la thèse de la covid-19 « sinon les proches de ces défunts auraient été mis en quarantaine » comme l’a fait remarquer un journaliste installé en région parisienne. Mission quasi impossible pour un président qui doit être psychologiquement éreinté face à son impuissance à trouver des réponses et à stopper la vague meurtrière. Quel prix doit-il payer pour y arriver ? Qu’il y arrive ou pas, dans quel état psychologique et politique arrivera-t-il en 2023, à la fin de son mandat ? Sur les rotules ? Sauf à s’affranchir de tous les tenants du pacte de Genève et du deal avec Joseph Kabila. 

S’il était encore en vie, à la lecture de cet article, Charles Kilosho m’aurait répondu, avec la langue de bois inhérente aux fonctions qui étaient les siennes : « Je te laisse faire parler ton imagination qui est très loin de la réalité, ce ne sont que des élucubrations ». Où il est, usant de mon droit d’aînesse qui faisait qu’il était toujours dans la retenue même quand je l’agaçais et que je faisais exprès pour le mettre hors de lui, j’ai juste envie de lui dire : « Charles, comment tu peux être aussi con pour partir si tôt, sans te retourner pour entendre les pleurs de Liliane et des enfants afin de revenir sur tes pas ! » A Dieu Jeune Frère.|Botowamungu Kalome (AEM)